Quand la France découvrait la pornographie


C’est en 1974 que Valérie Giscard d’Estaing choisit de poser avec sa fille cadette sur l’une de ses affiches pour l’élection présidentielle. « J’ai voulu que ma fille soit présente sur les affiches, car je trouve qu’une photographie de moi tout seul aurait fait triste » (France Soir, 12 mai 1974). C’est vrai que question rigolade, on s’y connait chez les Giscard : Jacinte (c’est le prénom de ladite fille, mais sa mère s’appelle bien Anne-Aymone !) pose comme une plante verte (je sais c’est un peu facile) en écoutant son père. Valéry Giscard d’Estaing a alors 48 ans, il est ministre des finances à l’image technocratique et c’est bien pour cela qu’il veut incarner la rupture (lire Amandine BRIAND : « 1974, le succès de la campagne familiale de Giscard », 4 avril 2012). Les tempes sont grisonnantes et son rôle de père mis en avant, mais c’est John Kennedy qui sert de modèle. VGE veut représenter la jeunesse, l’avenir et le changement (d’autant plus qu’il doit s’affirmer contre François Mitterrand, candidat de la gauche, mais aussi face au candidat gaulliste Jacques Chaban-Delmas).

La photographie est prise au jardin des Tuileries à Paris, en bas du ministère des finances qui loge alors encore dans une aile du Louvre. Elle paraîtra dans Paris Match (30 avril 1974) puis sera reprise en affiche avec le slogan « La paix et la sécurité ». La rupture est totale. C’est d’ailleurs la première fois qu’un responsable politique exhibe ainsi sa famille.

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C’est également en 1974 que sort Emmanuelle (de Just Jaeckin) avec Sylvia Kristel. Le succès fut énorme avec plus de 9 millions de spectateurs en France, mais moindre que VGE qui a remporté l’élection avec 13,4 millions de suffrages. Comme l’affiche familiale de VGE ouvre la voie à l’exhibition des proches, Emmanuelle est le prélude à une vague de productions érotiques et pornographiques dans l’Hexagone. Mais seule la pornographie cinématographique sera encadrée : la législation sur la taxation du X est adoptée dans la loi de finances pour 1976 par le premier ministre Jacques Chirac, celui-là même qui, parmi les gaullistes, avait trahi Chaban-Delmas et soutenu VGE. La pornographie politique, elle, avait le champ libre.

Marc Gauchée

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