La différence entre la publicité et le cinéma


Le 8 novembre 2012, la Cour européenne des droits de l’homme a validé l’interdiction pour la branche allemande de People for the Ethical Treamnent of Animals (PETA), d’afficher une campagne américaine intitulée « L’Holocauste dans vos assiettes ». Cette campagne présentait des diptyques photographiques avec, d’un côté, une vue des camps de concentration et, de l’autre côté, une vue de poulets en batterie. La Cour justifie sa décision par le fait qu’une telle campagne doit s’apprécier en fonction du passé spécifique Outre-Rhin et que le gouvernement a donc raison de s’estimer lié « par une obligation spéciale envers les Juifs vivant en Allemagne ».

En guise de métaphore animalière sur l’extermination de masse, je préfère celle autrement plus subtile que fait Arthur Martin (Jacques Gamblin) dans Le Nom des gens (de Michel Leclerc, 2010). À l’Office français des épizooties, Arthur analyse les oiseaux et volatiles à la mort suspecte et fait appliquer le « principe de précaution » s’il y a risque de grippe aviaire. Mais, alors qu’il est né d’une mère juive qui a caché ses origines pour vivre ; alors qu’il pense avoir perdu Bahia (Sara Forestier), la femme qu’il aime ; alors qu’il parcourt un hangar d’élevage industriel de poulets qu’il envoie à l’abattoir pour cas de grippe aviaire repéré dans la région et alors que son collègue (Lionel Girard) vante l’efficacité du gaz pour tuer les volailles (« Avec ce système on peut facilement en traiter 40 tonnes d’un coup »), Arthur s’enfuit en courant : « Ce jour-là, je démissionnai définitivement du principe de précaution ».

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Quant à PETA, l’association a su s’en remettre. Et de quelle manière ! Elle multiplie les visuels en mobilisant de superbes actrices et mannequins pour s’opposer au port de fourrures, à l’élevage et à la consommation de viande. C’est bien connu, quel que soit le propos, le corps dénudé de la femme reste le vecteur idéal et sans risque pour les publicitaires de perdre un quelconque procès. Dans notre société et à notre époque, s’il n’y a pas de consensus pour aborder l’Holocauste, il en existe un qui fait passer la dignité des femmes après la défense de la cause animalière.

Marc Gauchée

P.S. : les lecteurs réguliers de CinéThinkTank auront compris combien j’aime Le Nom des gens de Michel Leclerc qui est revenu à plusieurs reprises dans mes écrits. Mais cela devrait être ici la dernière fois…. Sauf, bien sûr, d’éventuelles (encore) rares exceptions. Promis.

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