La Croix, la femme et le sexe


En matière de blasphème sur la croix catholique, les tribunaux français auraient-ils évolués depuis les années 1980 ? Prenons 3 affaires d’affiches de cinéma jugées scandaleuses, « outrageantes », « provocantes » et « choquantes » pour la conscience des catholiques français (Lire : Jean Boulègue, Le Blasphème en procès 1984-2009 : l’Église et la Mosquée contre les libertés, 2010).

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1984. Bettina Rheims réalise la photographie du film Ave Maria (de Jacques Richard). Outre la parodie de crucifixion, les associations catholiques sont choquées de ce corps de femme (Isabelle Pasco) quasiment nu. Les juges ordonnent l’interdiction de l’affiche pour « outrage ».

1997. Milos Forman décide de changer l’affiche de Larry Flint même si les associations catholiques plaignantes ont été déboutées en première instance. Le pornographe Larry Flint (Woody Harrelson) était représenté, avec un slip aux couleurs de la bannière étoilée, les bras en croix sur le string d’une femme. Le réalisateur préfère couper court à la polémique sans attendre le résultat du jugement en appel : « Ce visuel était supposé refléter le traitement satirique des thèmes du film : patriotisme feint, piété hypocrite, nudité-marchandise » (24 février 1997).

2002. Oliviero Toscani, le photographe des images chocs de Benetton, réalise l’affiche d’Amen. (de Costa Gavras) où la croix catholique se prolonge en croix gammée. Costa-Gavras gagne son procès et l’affiche n’est donc pas interdite.

Une évolution de la justice vers plus de tolérance et de liberté d’expression pourrait ressortir de ces 3 procès. Après tout, seule l’affiche d’Ave Maria a été interdite et cela remonte à près de 30 ans. Mais une autre leçon peut être tirée : il vaut mieux mêler la religion au nazisme qu’à la femme. Car ce sont bien les deux affiches représentant le corps des femmes, dans des registres certes différents, qui ont disparu des murs français. Et c’est bien le lien ostensible entre la religion, la femme et le sexe qui amplifie le scandale : dans Ave Maria, une femme à la poitrine dénudée ose remplacer le Christ, dans Larry Flint, le pornographe est « crucifié » sur un pubis. Pour le film de Milos Forman, il y a donc bien double scandale : la parodie christique et sa « localisation »… On ne rigole pas avec le sexe de la femme, en tout cas, pas comme ça !

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Déjà, en 1981, l’affiche (laïque) de Celles qu’on n’a pas eues (de Pascal Thomas), dessinée par Roland Topor, représentant un homme dormant sur le sexe d’une femme avait été refusée par les réseaux d’affichage parisiens… alors que celle de Tout ça… pour ça ! (de Claude Lelouch, 1997) avec son tout aussi petit personnage, non. Parce que la société refuse le récit d’échecs masculins, mais tolère leurs obsessions. Parce que le porte-jarretelle ramène la sexualité à une image de fantasme conformiste et c’est tellement plus rassurant.

Marc Gauchée

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