Sans nous : le monde d’après (1/2), de la séduction post-apocalyptique


Cela a dû commencer avec Stalker, étrange chef d’œuvre, d’Andreï Tarkovski (1979 – avec Alisa Freindlich : la femme de Stalker, Anatoli Solonitsyne : l’écrivain, Nikolaï Grinko : le scientifique, Natacha Abramova : Martha, la fille de Stalker).

Stalker affiche

Sur le moment, j’ai la sensation de ne pas tout comprendre et je m’en veux un peu, parce que je suis jeune et si j’avoue que je ne comprends pas, on va me dire que je suis jeune, ce qui est exaspérant quand on est jeune. Je ne comprends pas tout mais les images du film me sidèrent, me reviennent, semblent travailler toutes seules dans mon esprit, posent leur questions, font naître des mondes. Je suis fascinée ; si je pouvais, j’y retournerais. Mais le moyen de justifier auprès de ses parents l’attribution d’argent pour aller voir du déjà-vu ? Alors je me le repasse… dans ma tête.

Pour revenir à Stalker (le terme signifie chasseur furtif et silencieux, rôdeur, ou traqueur), aucune information sur l’époque ni sur le lieu n’est donnée. On y est, c’est tout. On sait qu’il y a « la ZONE » que cette « zone » n’a pas toujours existé, qu’on n’a pas le droit d’y aller et qu’on prétend que s’y trouve un lieu où les désirs sont exaucés. Le stalker (le passeur) y guide un écrivain et un scientifique. La zone est un lieu où il y eut autrefois des gens, leurs traces y sont encore mais plus leur présence. Ce n’est pas que le silence règne, c’est juste que les bruits environnants ne sont plus les nôtres. Comme si la vie continuait sans nous. Mais on regarde quand même…Peut-être est-ce cela qui fascine ? Et qui fait le succès des films montrant ce qui se passe après une catastrophe ?

stalker miroir

Le genre porte un nom : « films post-apocalyptiques ». Et il y en a beaucoup. « Post-apocalyptique » : voilà qui ne fait pas rêver. Alors qu’à la seule évocation de Сталкер (Stalker en caractères cyrilliques – c’est encore mieux, non?), une porte s’ouvre. Sur une zone où règne une  inquiétante beauté, un monde fantasmé, émanation du fatras que j’ai dans la tête. Un monde que j’explore à pas prudents, le cœur battant. À voir le nombre de films qui relèvent de la catégorie «post-apocalyptique», il semblerait que nous soyons quelques-un-e-s sur terre à partager cette attirance.

C’est ce goût pour les endroits désertés par les humains qui m’a fait rôder dans des stations balnéaires vides en novembre (là, si on veut, on peut écouter la première minute de Hors saison de Francis Cabrel ; attention tout de même à ne pas déclencher d’allergie). Ou sous la lune, la nuit dans des endroits sans lampadaires (y en a-t-il encore ?).

Je n’ai pas vu Le jour d’après (The Day After Tomorrow), film de Roland Emmerich (2004). Ce qui m’aimante ce n’est pas le spectacle de la catastrophe, c’est plutôt après, ce qui reste quand tout s’est calmé. Et comment les choses familières se transforment, deviennent étranges. Un peu comme dans Je suis une légende (I am Legend, film de Francis Lawrence avec Will Smith, Alice Braga, Charlie Tahan, 2007), mais seulement pour le décor, la poussière qui se dépose, la nature qui reprend ses droits et la terre débarrassée de ses humains qui redevient le paradis…  enfin, là, non justement, des zombies parasitent mon fantasme et les expériences scientifiques de Robert Neville (Will Smith) me font trop marrer pour que je puisse décoller.

Alors je me refais le film et ce sont mes yeux qui voient la ville vide d’humains, visitée par des groupes de chevreuils. C’est dans ma tête que se créée cet Après, où tout est possible.

Anne Toromanoff

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2 commentaires pour Sans nous : le monde d’après (1/2), de la séduction post-apocalyptique

  1. dans le genre « Terre débarrassée de ses humains », la série « Walking Dead » (qui se passe dans une Atlanta désertée) est pas mal non plus… le problème c’est qu’il faut faire avec les zombies 😉

  2. redaccct dit :

    Les zombies n’étant pas le moindre des inconvénients, en effet…

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