Quand les hommes feront le service


La revendication de l’égalité entre hommes et femmes a ceci de particulier que personne -ou presque- ne la conteste comme objectif et que personne -ou presque- ne la met en pratique. C’est ainsi que les tâches ménagères restent durablement inégalement réparties. Les femmes en assurent les 2/3… et même les 4/5e si on exclut du compte le jardinage et le bricolage. Les années post « mai 68 » du gaullisme crépusculaire puis de la « société libérale avancée » rêvée par Valéry Giscard d’Estaing marquent quelques progrès réels vers l’égalité : la notion de « chef de famille » est supprimée en 1970 au profit de l’autorité parentale conjointe ; la loi reconnaît le principe « à travail égal, salaire égal » en 1972 ; c’est cette même année que les concours des grandes écoles sont ouverts aux femmes avec 8 reçues à l’École polytechnique ! En 1975, le divorce par consentement mutuel est instauré. Les femmes deviennent un peu plus visibles et le cinéma se devait d’en rendre compte. La comédie ne va donc pas hésiter à se moquer de ce « pouvoir féminin » que les hommes croient voir s’installer en France. Dans Alexandre le Bienheureux (d’Yves Robert, 1968), Philippe Noiret parvenait encore à échapper aux projets économiques délirants de sa nouvelle femme, mais d’autres films ont opté pour des dénouements qui n’hésitent pas à mettre en scène la servilité masculine.

Dans Le Diable par la queue (de Philippe de Broca, 1969), le « baron » César Maricorne (Yves Montand) finit en chef des cuisines de l’Hôtel du Grand siècle, au service de ses 4 châtelaines (Clotilde JoanoMarthe Keller, Madeleine Renaud et Maria Schell). Dans Les Galettes de Pont-Aven (de Joël Séria, 1975), Henri Serin (Jean-Pierre Marielle) finit en serveur de plage pour la paillote tenue par Marie (Jeanne Goupil).

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César était pourtant un gangster transportant son butin et donnant des ordres à deux porte-flingues mais, trop joli cœur, il abandonne tout pour la « dolce vita » au milieu des châtelaines. Henri n’était certes pas heureux en ménage avec une femme pour le moins austère, mais son statut de représentant en parapluies lui permettait d’enchaîner les aventures… jusqu’à ce qu’il découvre Pont-Aven et que, pour -notamment- l’amour des fesses de Marie, il accepte de changer de branche ! Et c’est là que la comédie trouve sa limite. D’abord elle ne parvient pas à présenter une issue séduisante, une société où l’harmonie -sans ironie- régnerait entre les sexes. Ensuite elle entretient la vieille idée selon laquelle les femmes doivent monnayer leur compagnie et payer de leur corps pour obtenir la servilité masculine. Enfin, dernière leçon rassurante pour les hommes enferrés dans leurs privilèges : ces comédies montrent que si les femmes souffrent d’inégalité, elles ne mettraient pas pour autant en œuvre l’égalité si elles en avaient le pouvoir. Décidément, Français, encore un effort si vous voulez être républicains. Heureusement, depuis les années 1970, ces efforts ont, bien sûr, été faits.

Marc Gauchée

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Un commentaire pour Quand les hommes feront le service

  1. Cluny dit :

    La Vie domestique…

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