Les beaux et les laids


C’est en visionnant Assurance sur la mort de Billy Wilder (1944) que m’est venue l’idée d’un rapprochement entre un personnage secondaire de ce film, le chef du service contentieux d’une compagnie d’assurance Barton Keyes, et Ushikawa, maudit détective du troisième opus du 1Q84 d’Haruki Murakami.

Ces personnages ont deux choses en commun : la première, celle qui frappe immédiatement, c’est leur physique disgracieux. Ushikawa possède une allure déplaisante et une tête difforme, particularités sur lesquelles Murakami insiste avec une cruauté qui n’appartient qu’aux asiatiques. A défaut d’être moche, le Keyes de Billy Wilder est, quant à lui, loin d’être beau (cf photo ci-dessus). C’est un personnage teigneux, stressé et irrité par des maux de ventre que lui inflige une sorte de petit homme imaginaire.

La seconde, c’est qu’ils sont tous les deux géniaux. Entendez dotés de facultés intellectuelles avérées, doublées d’une remarquable endurance au travail. Brillants de ténacité, comme on en voit rarement. Ushikawa va jusqu’à louer un appartement miteux avec ses propres deniers pour mener à terme une enquête difficile, au péril de sa vie. Keyes, dont le savoir en matière d’assurance est sans limite, finit par résoudre une insoluble arnaque menaçant la société qui l’emploie. Tenaces, donc, tous les deux, dans le meilleur sens du terme.

Reste à savoir pourquoi ils sont si bons. Serait-ce parce que, célibataires à l’apparence déplaisante, ils ont été abandonnés et n’ont rien trouvé de mieux que de se réfugier dans leur travail respectif ? Une hypothèse que viennent appuyer certaines confidences au cours du livre (Ushikawa a été marié et père d’une famille qui l’a rejeté sans ménagement pour sa laideur) et au cours du film (Keyes a du se résoudre à vivre sans amour, l’entend-on se confier à un collègue de travail, son seul ami).

Ces deux personnages se révèlent, au final, admirables. Deux laids qui, l’espace d’un livre génial et d’un film grandiose, en viennent à éclipser de vieux beaux qui peinent à briller de leur éclat habituel. Et une belle leçon de vie, au passage : le tout n’est pas d’être beau, encore faut-il en avoir dans le cibouleau !

Matthieu Z.

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