Festival de Cannes : « Couvrez ce sein que je ne saurais voir »


Le Festival de Cannes a ses règles. Les stars ont le droit, voire le devoir et l’obligation, de montrer leurs jambes, mais les seins, eux, ne se montrent pas. Ou plutôt, il existe une hiérarchie dans le spectacle des seins qui implique que ceux des stars ne se montrent pas ou alors uniquement dans des circonstances particulières.

C’est ainsi qu’en 2005, progressant vers les marches du Palais, Sophie Marceau s’empresse de couvrir le sein qui s’est échappé du fait de la bretelle trop lâche de sa robe. La scène se déroule devant les caméras et les appareils photographiques du monde entier. L’incident a été qualifié par beaucoup de médias de « moment de grâce ». D’abord parce que la scène est furtive, elle dure moins de 10 secondes. Ensuite parce que la scène comble notre désir de voyeurisme avec ce jeu de caché-montré, de l’apparition et de la disparition. Dans Le Plaisir du texte (Seuil, 1973), Roland Barthes écrivait : « L’endroit le plus érotique d’un corps n’est-il pas là où le vêtement baille ». Enfin la scène est involontaire, elle est officiellement due au hasard ou à la maladresse : quoi qu’il en soit, c’est un moment unique et qui est destiné à le rester.

ImageIl n’en est pas de même pour celles que l’on qualifie, à Cannes, de « starlettes ». Ces jeunes actrices débutantes se laissent photographier sur la plage en tenue très –trop- légères. En 1954, Simone Silva avait déjà fait ses débuts dans des films français et anglais quand, sur la Croisette, elle enleva son soutien-gorge pour se laisser photographier avec Robert Mitchum. Bien qu’elle ait caché ses seins avec ses mains, les Américains crièrent au scandale et elle ne réussit jamais à véritablement travailler aux États-Unis… Elle fut donc obligée de retourner en Grande-Bretagne où elle dût se contenter de petits rôles jusqu’à ce qu’une attaque l’emporte en 1957. Certains journaux ont accrédité la thèse du suicide. Le mystère demeure sur les causes de cette attaque fatale, mais la « morale » y trouve sans doute son compte : l’exhibitionniste s’est punie, non pas pour ce qu’elle a montré puisque, après tout, elle a caché ses seins (et, en 2005, Sophie Marceau a laissé voir beaucoup plus). L’exhibitionniste s’est punie pour s’être substituée ostensiblement au hasard de la bretelle trop lâche de son vêtement. Pour avoir préférée le jeu de « l’image posée » à l’hypocrisie de « l’image volée ». Mais ça, c’était bien avant les Femen.

Marc Gauchée

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