L’ « ami » qu’est devenu mon banquier


« Cet adversaire, c’est le monde de la finance », confiait François Hollande lors de son discours du Bourget, le 22 janvier 2012. Les reproches n’épargnaient pas les banques qui « sauvées par les États, mangent désormais la main qui les a nourries », entre bonus indécents et spéculations en tous genres. Face à tant de désamour – pourtant largement justifié -, certaines banques ont rappelé qu’elles étaient « coopératives » (Crédit coopératif, Crédit mutuel ou Crédit agricole), d’autres ont rendu impossible cette détestation en proclamant : « Mon banquier, c’est moi » (BforBank)…

HelloBanque

HelloBank fait plus fort avec un spot en forme d’échange de dialogues électroniques. Profitant du succès de Facebook, des « textos » et autres messageries, le banquier est traité comme un de ces « amis » électroniques. En effet ces outils numériques permettent, non pas d’avoir des amis, mais de les « gérer ». C’est-à-dire d’être en contact avec eux 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 sans jamais avoir à les rencontrer dans leur humanité réelle, physique, incarnée, parfois ennuyeuse ou remplie de temps morts et de contradictions. Ces réseaux dont l’histoire est contée dans The Social Network, perfectionnent le monde décrit dans Denise au téléphone où une bande d’amis new yorkais communiquaient sans jamais se rencontrer.

TheSocialNetwork

Il était normal que les banques se saisissent des plus récentes technologies. Leurs clients n’auront plus à s’inquiéter des horaires d’ouverture de leur agence. La banque en ligne relève de la logique du « 24/7 » analysée par Jonathan Crary (dans 24/7, le capitalisme à l’assaut du sommeil, Zones, 2014). Il n’est plus besoin d’attendre son tour, ni d’écouter les autres, il suffit de cliquer, ce qui tombe bien, les banques pourront fermer leurs (forcément) toujours trop couteuses agences et licencier en douce.

DeniseAuTelephone

Sous couvert de services, le client s’est adapté à la logique des marchés et des réseaux toujours en éveil, ce qui tombe bien aussi, car pendant qu’ils échangent des messages avec leur nouvel « ami » banquier, ils laissent dormir les rentiers, ceux que François Mitterrand dénonçaient le 29 mai 1990 : « Aujourd’hui, on peut s’enrichir en dormant, il suffit d’être propriétaire de bonnes valeurs mobilières ou propriétaire de bons terrains, ou de bons locaux et il suffit de regarder le temps passer ». Aujourd’hui, les clients de HelloBank ne dorment plus et ils ne s’enrichissent toujours pas. L’idéal pour une banque.

Marc Gauchée

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