« La belle personne » : les Français en vacances sont-ils toujours pris pour des cons ? (Suite et fin)


Donc, en vacances, Nicolas Sarkozy est libre. Son scooter et sa passagère arrière en sont les preuves en image. Mais, pour « faire » président, il faut aussi s’inscrire dans l’histoire et le patrimoine du pays, bref être libre oui, mais sans cracher dans la soupe. Or les présidents français ne lisent plus, ils se contentent de parcourir les fiches préparées par leur normalien de service. Ils doivent donc, de temps en temps, rappeler leur attachement à la culture française, aux « humanités », à tout ce que « l’honnête homme » est sensé connaître du pays qu’ils aspirent à diriger.

Nicolas Sarkozy part de loin avec sa nostalgie d’« Au théâtre ce soir » et, surtout, son mépris multirécidiviste envers « La Princesse de Clèves ». Tout a commencé le 23 février 2006 quand le candidat avait brocardé pour la première fois le roman de Madame de La Fayette : « Un sadique ou un imbécile avait mis dans le programme d’interroger les concurrents [d’un concours administratif] sur « La Princesse de Clèves ». Je ne sais pas si cela vous est arrivé de demander à la guichetière ce qu’elle pensait de « La Princesse de Clèves ». Imaginez un peu le spectacle ! »… déclenchant un mouvement de protestation des professions intellectuelles, des lecteurs et des bibliothécaires, jusqu’au film « La belle personne ».

LaBellePersonne

La riposte se devait d’être à la hauteur. Comme d’habitude « Paris Match » (10 juillet 2014) se chargea du cirage et, comme d’habitude, l’académie française, en la personne de Jean-Marie Rouart, fournit la brosse. Sur 4 pages, Nicolas Sarkozy passe en revue ses auteurs préférés qu’il ne cite même pas par ordre alphabétique : Tolstoï, Cohen, Camus, Mann, Zweig, Proust. Il évoque aussi Céline en précisant, concernant l’homme, « Je ne suis pas sûr que j’aurais aimé passer mes vacances avec lui »… ce que savait pourtant déjà les lecteurs de « Paris Match » puisque le magazine avait publié le 8 août 2013 un grand reportage d’« investigation » intitulé « Carla et Nicolas Sarkozy, le temps des vacances ».

CelineSarkozyBruni

En fait, nous aussi on savait déjà tout sur les goûts littéraires de l’ex-président. iTélé avait raconté un déjeuner « off » avec l’alors ministre de l’Intérieur, le 6 décembre 2006. C’était une sorte de brouillon de l’entretien de 2014 avec l’académicien parce qu’il avait alors cité Littel, Cohen, Céline… mais aussi Les Bronzés 3 (de Patrice Leconte, 2006) et même son livre Témoignage (XO éditions, 2006). Le problème avec la communication de Nicolas Sarkozy, c’est que non seulement elle prend les gens pour des cons mais encore elle croit qu’ils sont amnésiques.

Marc Gauchée

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