La puissance du système


En 2010, Saez n’a pas pu afficher la pochette de son album, J’accuse, représentant une photographie d’une femme nue dans un Caddie. L’Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP) y a vu « un caractère dégradant pour l’image de la femme ». Saez s’est défendu affirmant que, dans cette image, « le féminisme est à son expression la plus pure » (France Inter, 5 mars 2010) et que « la société d’aujourd’hui veut que l’individu, et particulièrement la femme, soit réduit à un bout de viande dans un Caddie » (Phosphore, mai 2010).

JAccuseSaezSi seulement on pouvait se féliciter de la vigilance et de l’efficacité de l’ARPP : la censure de la pochette de Saez ne serait que la conséquence de l’évolution des mœurs qui aurait rendu impossible, en 2010, la reproduction de la carte postale de 1986 intitulée « Panier du dragueur en vacances » ! Malheureusement, l’ARPP a la vigilance et l’efficacité sélectives, laissant passer le logo de « Adopte un mec » et acceptant la stratégie sexiste de l’« égalité par le bas ».
Si seulement on pouvait exempter Saez de toute arrière-pensée marketing dans le choix de ses visuels. Déjà, le titre de son album convoque rien de moins que le « J’accuse » dreyfusard d’Émile Zola publié dans L’Aurore le 13 janvier 1898. La photographie en noir et blanc, réalisée par Jean-Baptiste Mondino, est esthétisante, juste assez pour faire oublier la graveleuse carte postale de 1986, « panier du dragueur en vacances ».

AdoptePanierEnfin, 3 ans plus tard, une pochette d’un autre album de Saez, Miami, défraye à nouveau la chronique et subit la censure du métro parisien. Comment croire que le choix d’une image de fesses de femme légèrement culottées et masquées par une Bible est innocent quand tout le monde sait que les visuels associant sexe et religion ont tous suscité la polémique ?

MiamiSaez
Saez est sans doute sincère dans ses dénonciations de la marchandisation du corps féminin ou du lien entre consommation et puritanisme, comme Renaud hier qui chantait « Société, tu m’auras pas » (dans l’album Amoureux de Paname, 1975). Mais il faut vendre, faire parler de soi… et donc utiliser les outils de la société de consommation. Or cette société est tellement puissante et totalisante qu’elle tend à détourner et récupérer toute rébellion pour son profit mercantile. C’est pourquoi Benetton s’est rendu célèbre avec les provocations photographiques d’Oliviero Toscani, c’est pourquoi la FNAC ose se dire « agitateur depuis 1954 » et c’est pourquoi « Les Guignols de l’info » se permettent de brocarder les responsables politiques, mais toujours entre deux tunnels publicitaires.

Joe Gillis

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