« Les Mains en l’air » : un geste qui sauve ?


LesMainsEnLAir

En 2010, Romain Goupil réalise Les Mains en l’air. Le film raconte comment une bande d’enfants cache et protège Milena, leur amie d’origine tchétchène menacée d’être expulsée par la police comme précédemment leur autre ami Youssef. Le film est bâti sur un long flash back puisque c’est Milena qui raconte, depuis l’année 2067, ce qui s’est passé en 2009. La charge est directement dirigée contre cette politique de répression bien réelle, dénoncée par le Réseau éducation sans frontières (RESF), qui aboutissait alors à des arrestations aux portes des écoles. C’est Brice Hortefeux, ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Co-développement, qui tentait d’instaurer, en 2007, des tests ADN pour les candidats au regroupement familial. C’est Éric Besson qui prenait le relais en 2009 en devenant ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire et qui lançait le débat sur l’identité nationale… Puis Nicolas Sarkozy donnera le ton le 30 juillet 2010 à Grenoble, en renouant avec un discours sécuritaire et en reprenant certains des thèmes de l’extrême droite, annonçant ainsi l’orientation de sa campagne présidentielle à venir. Le film entretient d’autres liens avec son présent le plus direct : Cendrine, la jeune mère solidaire, est interprétée par Valéria Bruni-Tedeschi… sœur de Carla Bruni. Mais il entretient aussi des liens avec le passé.

En effet, le titre du film renvoie à la scène représentée sur l’affiche où les enfants, traqués par la police, sortent de leur cachette « les mains en l’air ». Ce geste n’est pas expliquée par la narratrice autrement que comme un geste spontané. Romain Goupil connaît l’histoire, il sait que la représentation d’enfants les mains en l’air fait immanquablement penser au cliché pris par les nazis lors de la liquidation du ghetto de Varsovie en avril et mai 1943 où un jeune garçon lève les bras entouré de soldats armés.

Ferguson

« Les mains en l’air » est ce geste qui exprime la vulnérabilité des victimes exposées à la disproportion des forces. Il a d’ailleurs été encore récemment repris par les manifestants de Ferguson (Missouri) suite à la mort de Michael Brown, 18 ans, tué en août 2014 par un policier alors que, selon les témoins, il levait les mains. Depuis, un rapport du ministère de la justice a dénoncé les pratiques racistes de la police locale, depuis, le chef de la police, le juge du tribunal municipal et le « city manager » (l’administrateur de la ville) ont démissionné… et le policier ayant tiré les 6 coups de feu mortels n’a pas été condamné. Si « Les mains en l’air » est un geste qui sauve les âmes, il ne sauve pas les corps.

Marc Gauchée

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