La nudité en caché-montré. Le cache (1/3)


Chaque film de la série des Austin Power (de Jay Roach, 1997, 1999 et 2002) comporte la scène de nus où Austin (Mike Myers) et Vanessa (Elizabeth Hurley) évoluent dans le plus simple appareil. Mais des objets judicieusement placés et des plans judicieusement cadrés cachent toujours la poitrine de la dame et les sexes de ce couple finalement bien pudique. Les spectateurs savent qu’ils ne verront rien. Le plaisir réside donc peu dans le voyeurisme forcément déçu et beaucoup dans l’invention de la chorégraphie et les trouvailles de mise en scène pour cacher ce qu’on ne peut pas montrer.

Lorsque les objets participent à ce jeu du caché-montré, il y a d’abord de la frustration parce que, en vrai, on ne voit rien. Mais ces objets nous invitent à recomposer en imagination ce qu’ils cachent. Alors que rien n’est montré, nous croyons tout voir ! Nous sommes comme Tartuffe, le faux dévot inventé par Molière (1664) qui supplie hypocritement devant le décolleté de la servante Dorine : « Couvrez ce sein, que je ne saurais voir/ Par de pareils objets les âmes sont blessées,/ Et cela fait venir de coupables pensées » (acte III, scène 2). Elle ne montre rien et lui, voit tout.

Couvrez

C’est bien pour cela que les « coupables pensées » sont le centre d’intérêt des publicitaires, friands de ces images qui montrent sans montrer, qui sont visiblement sexuelles et pourtant non explicites, qui rendent le regard actif et qui créent une frustration… parce que la publicité est une promesse : le seul moyen de faire disparaître cette frustration est de consommer. Le cinéma s’est fait fort de dévoiler les corps, et ses affiches, objets publicitaires, usent du jeu du caché-montré pour engager à acheter un ticket et à aller voir le film. Les affiches répondent à une logique d’efficacité où les codes utilisés sont instantanément lisibles par les consommateurs. Je vous propose un petit voyage au pays des codes du caché-montré.

Les affiches de cinéma doivent résoudre le difficile problème de montrer la nudité sans risquer la censure. Tant mieux ! Car ce qui est caché provoque la frustration et fait travailler l’imagination. Le premier moyen est le même que celui d’Austin Power, il consiste à utiliser des caches plus ou moins astucieusement disposés, un peu comme ces branches qui, dans plusieurs représentations d’Adam et Eve, protègent la pudeur du couple primitif.

Caches

Le cache peut être grossièrement artificiel comme cette ombre bien utile qui dissimule le sexe d’Harvey Keitel sur l’affiche allemande de Bad Lieutenant (d’Abel Ferrara, 1993). Ou, au contraire, le cache peut être complètement assumé avec le bandeau porteur du titre Prêt-à-porter (de Robert Altman, 1994) qui oblige à porter nos yeux justement à l’endroit des sexes qu’on ne voit pas… pour y lire le titre.

À suivre…

Marc Gauchée

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