La Belle et la Bête : ante-scriptum


En janvier 2013, j’avais publié une note dans le présent blog intitulée La Belle et la Bête : point d’étape. Il y était question d’images mélangeant la femme et le crocodile. Complément en forme d’antépisode…

La_Bonzesse

La Bonzesse de François Jouffa arrive sur les écrans français en mai 1974. Le film raconte l’histoire de Béatrice (Sylvie Meyer) qui, désirant partir pour Ceylan, décide de se prostituer, puis de se faire entretenir un temps, pour financer son voyage. Comme elle le dit elle-même : « Le sexe est une des voies qui mènent à Dieu ». Il y a d’ailleurs un évêque en soutane parmi les clients du bordel où elle officie.
Le film a connu plusieurs censures. François Jouffa a dû consentir à quelques coupes : une minute quarante-sept secondes d’images. De même, la bande-son a été nettoyée de ces mots décrivant des actions jugées inconvenantes comme « foutre » ou « enculer ». D’autres phrases sont devenues inaudibles… L’élection de Valéry Giscard d’Estaing à la présidence de la République en mai 1974 autorise enfin la sortie du film en salle. Mais il dut subir une ultime censure : celle de son affiche (Dictionnaire des films français pornographiques et érotiques. 16 et 35 mm, sous la direction de Christophe Bier, Serious Publishing, 2011).
En effet le dessin de Jean Solé, habitué de Pilote et qui, l’année suivante, participera à la création de Fluide Glacial, est refusé par les afficheurs à cause du crocodile. Un tel animal se pourléchant les babines (comment fait-il d’ailleurs pour ne pas se couper la langue avec de telles dents ?) en chevauchant une femme nue est une représentation trop violente. Mais de quelle violence ce crocodile est-il le signe ? Ce n’est pas celle de la concupiscence parce que, outre la très faible probabilité de réussite d’un tel accouplement, il n’y a aucune scène de hardcore dans le film et pour cause : les acteurs de François Jouffa n’arrivèrent pas à bander. En revanche, La Bonzesse avec ses scènes de bordels, montre que le sexe s’achète, se monnaie, qu’il est toujours lié à l’argent. On est loin du sexe joyeux, libre et rieur des années 1960. D’ailleurs, sur l’affiche, seul le crocodile semble sourire. C’est sûrement pour cela que Béatrice préfère devenir bonzesse.

Marc Gauchée

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