Le Non-lieu de la politique culturelle


C215-ARTCTUALITE

La mairie de Reims avait commandé cette œuvre à Christian Guémy alias C215, un artiste de street art. Mais les services de propreté de la ville ont nettoyé ce graff. Embarras de la municipalité qui détruit ce qu’elle avait commandé. L’explication ne tarde pas : « les services qui ont dealé avec C215 ont oublié de prévenir le service propreté. Ils n’ont pas dit qu’il y avait quatre graffs qu’il ne fallait pas effacer ».  Juste une affaire de (mauvaise) communication donc.

Pourtant, ce fait divers culturo-décapant provoque une série de questions sur le rapport du street art avec les institutions et sur la politique culturelle en général.

Comment se fait-il que ce qui est une « œuvre » légitime pour les uns est vue comme un graff illégitime apposé sur un transformateur par les autres ? Certes, l’artiste minimise l’événement, car la détérioration des œuvres fait partie du quotidien du street art. Pas de quoi s’affoler, ni monter sur ses grands chevaux. On ferait mieux de se féliciter que les institutions culturelles reconnaissent les formes et les esthétiques plus populaires et, simplement, déplorer le « couac » comme le dit l’attachée de presse de la ville. Mais l’effacement révèle la fainéantise de ces mêmes institutions qui n’ont pas tiré toutes les conséquences de leur « reconnaissance » des cultures populaires ou des marges. En fait, cette reconnaissance n’est que de la récupération, car elle sert d’abord à relégitimer ces mêmes institutions culturelles.

Pourquoi la politique culturelle est devenue une affaire de spécialistes, l’affaire de ceux qui savent faire la différence entre une « oeuvre » dans l’espace public et un signe de dégradation sur un mur commun ? Pourquoi n’est-elle plus partagée par tous, mais est sectorisée à telle point qu’un service de la propreté doit être mis au courant ? Il ne s’agit pas d’accabler la mairie de Reims, mais juste de constater avec tristesse que même quand la politique culturelle s’essaie à l’ouverture et à l’enrichissement en puisant dans des sources plus populaires que savantes, elle oublie d’en informer le public. Pourquoi l’irruption d’un art -pourtant déjà en cours d’« embourgeoisement » et d’institutionnalisation- dans l’espace public déclenche son effacement ? Il faudrait sans doute interroger le projet actuel de nos politiques culturelles et rappeler l’indispensable lien qu’elles doivent entretenir avec un projet d’émancipation.

Marc Gauchée

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