À propos de la série « Trépalium » : ce qui reste d’une société


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Pour la grande majorité des Français, la promesse de François Hollande d’inverser la courbe du chômage avant 2017 est autant crédible que celle d’Uri Geller qui se faisait fort de tordre les petites cuillères à distance. Rien n’y fait, même les derniers chiffres mensuels, ni même surtout le dernier projet de loi réformant le code du travail.

L’augmentation incessante du nombre de demandeurs d’emplois a servi de base pour imaginer Tripalium (de Vincent Lannoo, créé par Antarès Bassis et Sophie Hiet), série diffusée en février 2016 sur Arte. Dans cette série, le chômage touche 80% de la population reléguée dans une « zone » qui entoure la ville où se concentrent les 20% d’actifs.

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La diffusion de la série est tombée à point, juste avant le débat sur le projet de loi « visant à instituer de nouvelles libertés et de nouvelles protections pour les entreprises et les actifs ». D’un côté, le gouvernement peut expliquer que cette loi qui veut en finir avec les rigidités du contrat à durée indéterminée (CDI) et la précarité du contrat à durée déterminée (CDD) n’aura pour résultat que de rapprocher tous les salariés et éviter ainsi la construction d’un mur infranchissable entre les inclus et les exclus comme dans Trepalium. C’est d’autant plus urgent qu’une étude récente montre que si l’abstention aux élections est plus importante dans les classes populaires, elle ne les touche pas uniformément (Camille Peugny, « Pour une prise en compte de clivages au sein des classes populaires : la participation politique des ouvriers et des employés », Revue française de science politique, n°5, 2015). En effet l’abstention augmente avec la précarité des situations et des contrats, montrant l’importance du rôle du travail dans l’intégration au sein de la vie publique.

D’un autre côté, Robinson (Olivier Rabourdin), le professeur de la zone dans la série, tout à la fois convaincu des bienfaits de l’éducation et de la rébellion armée, pose la bonne question : « Est-ce vraiment bien normal d’avoir besoin de travailler pour être quelqu’un ? ».

Ultime ironie. Parmi les principaux lieux de tournage d’Aquaville, la ville du gouvernement, et des actifs, figurent : la Bibliothèque nationale de France, le siège du Parti communiste français à Paris et le Centre national de la danse à Pantin… Ce qui indiquerait qu’en attendant le retournement de la courbe du chômage, notre mur actuel est encore au-delà de la petite couronne parisienne.

Joe Gillis

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