La Guerre froide, c’était il n’y a pas si longtemps


Deutschland83

Deutschland 83 a été écrit par Anna et Joerg Winger, déjà auteurs en 2013 de la mini-série Generation War (Unsere Mütter, unsere Väter en V.O.) qui se situait à Berlin pendant la Deuxième guerre mondiale et qui fut un gros succès (notamment en remportant un International Emmy Award en 2014 et un prix au Festival de la fiction télévisuelle de La Rochelle l’année précédente).

Cette nouvelle série qui a été diffusée sur Canal+, se déroule en huit épisodes et met en jeu la haute direction des services de contre-espionnage est-allemand et une base militaire ouest-allemande, en pleine crise des fusées, les SS 20 et 21 russes contre les Pershings américains, laquelle faillit, on le sait aujourd’hui, dégénérer en guerre atomique meurtrière. Les auteurs ont travaillé sur des archives déclassifiées et sur des témoignages d’hommes politiques, de diplomates et de militaires.

Le personnage principal, le lieutenant Mauriz Stamm, espion baptisé Colibri, interprété par Jonas Nay, se trouve placé au centre d’une configuration qui montre les dernières années de la République démocratique allemande (RDA), son stalinisme adouci, mais encore fortement répressif, son retard technologique, en même temps que les premiers ravages du SIDA. Mais la série est aussi l’occasion de s’attarder sur l’interaction des problématiques publiques et privées des deux côtés du mur, sur fond de rock déjà mondialisé, amours, filiation et trahisons.

L’action se déroule aux débuts de l’informatique, ce qui donne un aspect vintage à cette histoire récente, d’autant que les décors de l’Est germanique sont magnifiquement reconstitués. Mais le plus intéressant est peut-être la mise en perspective historique de ce que fut le pacifisme de nombre de jeunes allemands de l’Ouest, dans toute son ambiguïté, entre générosité et instrumentalisation et la dialectique qui s’établit entre rationalité et paranoïa chez les amis d’Erich Honecker, dirigeant de la RDA de 1976 à 1989.

Une deuxième saison serait en préparation, mais pas encore en tournage. Elle pourrait s’intituler Deutschland 86, en attendant une troisième qui nous amènerait jusqu’à la chute du Mur de Berlin et qui rappellera, à qui l’aurait oublié, que l’Europe nous garantit désormais une autre vie. À ce titre, on ne trouvera pas la moindre trace de nostalgie dans ce Deutschland 83, pas plus que de manichéisme d’ailleurs. De même que la série The Wire (de David Simon et Ed Burns, 2002-2008.) a été largement utilisée dans des cours de sociologie, on ne doute pas que les professeurs d’une langue allemande menacée s’empareront de Deutschland 83.

JiPéBé

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