Les grands « salauds » sont-ils de retour ?


MerciPatron

En 2001, Vincent Chenille et moi avons publié: Mais où sont les ‘salauds’ d’antan. 20 ans de patrons dans le cinéma français, 1976-1997 (éditions Mutine). Nous constations alors que les personnages de grands patrons avaient disparu des écrans à la fin des années 1980. Ils étaient « majoritairement cyniques, peu scrupuleux et toujours criminels », bref les grands patrons étaient au cinéma de super salauds ! Il suffit de se souvenir de Jacques Tricatel (Julien Guiomar dans L’aile ou la cuisse de Claude Zidi, 1976), du président Rambal-Cochet (Michel Bouquet dans Le Jouet de Francis Veber, 1976), d’Emmerich (Pierre Dux dans Trois hommes à abattre de Jacques Deray, 1980), de Cornelius A. Woegen (Mel Ferrer dans Mille milliards de dollars d’Henri Verneuil, 1981) ou encore de François-René Pervilard (Bernard Fresson dans Rive droite, rive gauche de Philippe Labro, 1984). Michel Piccoli s’était même fait le spécialiste pour incarner ces hommes détestables dans L’Imprécateur (de Jean-Louis Bertucelli, 1977), Le Sucre (de Jacques Rouffio, 1977) et Une étrange affaire (de Pierre Granier-Deferre, 1981). Et puis ces super salauds sont devenus attendrissants et soucieux de leur famille (La Chèvre de Francis Veber, 1981), las du pouvoir (La Lectrice de Michel Deville, 1988 et On peut toujours rêver de Pierre Richard, 1991), servis par un personnel malhonnête (Les Saisons du plaisir de Jean-Pierre Mocky, 1988 ; Bonjour l’angoisse de Pierre Tchernia, 1988 ; Itinéraire d’un enfant gâté de Claude Lelouch, 1988) et même amoureux de femmes du peuple (Daniel Auteuil dans Quelques jours avec moi de Claude Sautet, 1988 et dans Romuald et Juliette de Coline Serreau, 1989) ! Au même moment pourtant, au tournant des années 1980 et 1990, les licenciements de masse redoublent et les délocalisations frappent la France : Renault, la Normed, Bull, Michelin, Usinor-Sacilor, Hoover…

Qu’en est-il aujourd’hui ? Dans la vraie vie, les grands patrons peuvent se répartir en 3 grands modèles. Le premier, le plus vertueux, est représenté par Louis Gallois et Carlos Tavares qui ont réformé le système de retraite chapeau de leur groupe, dépendant désormais des résultats de l’entreprise et permettant une redistribution à l’ensemble des salariés. Le deuxième modèle, avec Xavier Niel, Matthieu Pigasse ou Pierre Bergé, est celui des grands patrons investissant dans le débat public à travers une prise de participation dans des médias. Enfin, le troisième modèle, plus fat, mais milliardaire quand même, est représenté par Bernard Arnault et François Pinault qui collectionnent l’art contemporain puis font payer au peuple l’honneur de pouvoir contempler leurs merveilles. Si on ajoute à ces 3 modèles, un quatrième venu de l’étranger avec Mark Zuckerberg, Bill Gates et Warren Buffet qui se lancent dans des fondations et des donations caritatives, on frôle le tableau idyllique.

L’image des super salauds des années 1970 et 1980 s’estomperait-elle donc définitivement, sur les écrans comme dans la réalité ?

Il faut raison garder et se souvenir que Michael Horn et Martin Winterkorn ont couvert une tricherie au niveau mondial sur la pollution au diesel ; que Carlos Ghosn a ravivé la polémique sur les salaires faramineux versés aux grands patrons ; se rappeler que la banque Barclays a été impliquée dans la manipulation de taux interbancaires ; que Siemens a été inquiété pour un système de pots-de-vins et , encore plus lointain, qu’Enron a fait faillite après avoir maquillé ses comptes. Il faut surtout se tourner vers les écrans. C’est là que Bernard Arnault se retrouve au cœur du film cinématographique et documentaire, Merci patron de François Ruffin. Le film a dépassé les 500 000 entrées, une façon de constater le scepticisme des Français quant à la « vertu » du système.  Nous serions ainsi donc peu enclins à nous contenter de l’explication de la « pomme pourrie » qu’avait avancée George W. Bush lors du scandale d’Enron.

Marc Gauchée

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