Où sont les femmes ? (4/5) / L’excuse fétichiste


Comme au XIXe siècle où l’espace public était saturé de femmes-symboles pendant que les hommes accaparaient le pouvoir, certaines affiches de cinéma diffusent une image irréelle des femmes, préférant les réduire à des évocations très partielles, réservant la représentation de personnages complets aux hommes. Après les femmes sans tête et les femmes suggérées, d’autres affichent profitent d’un thème fétichiste pour mettre en scène cette drôle de présence incomplète des femmes…

Qu’est-ce qu’une image fétichiste de la femme ? C’est une image qui cumule les deux travers précédemment décrits, à savoir « une femme sans tête + une femme suggérée », mais pour aboutir au même résultat : une femme toujours sans visage.

ExcuseFetichiste

Sur l’affiche du Genou de Claire d’Éric Rohmer (1970), on ne verra que le genou, mais jamais le visage de Laurence de Monaghan qui interprète Claire. Et, dans le film, ce genou est au cœur de la fixation de l’intérêt de Jérôme (Jean-Claude Brialy) pour Claire : « Elle était assise en face de moi, le genou aigu, étroit, lisse, fragile à ma portée, à la portée de ma main. Mon bras était placé de telle façon que je n’avais qu’à l’étendre pour toucher son genou. Toucher son genou était la chose la plus extravagante, la seule à ne pas faire, et en même temps la plus facile.  Je sentais à la fois la simplicité du geste et son impossibilité. Comme si tu es au bord d’un précipice, que tu n’as qu’un pas à faire pour sauter dans le vide et que, même si tu veux, tu ne le peux pas ». Il n’est donc pas étonnant que l’affiche se focalise sur le genou.

Même explication pour l’affiche de  L’Homme qui aimait les femmes de François Truffaut (1977). Bertrand Morane (Charles Denner) aime les femmes, l’idée des femmes, il fantasme sur leurs jambes : « Les jambes de femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens, lui donnant son équilibre et son harmonie ». Là encore, le fétichisme du personnage justifie le choix du cadrage de l’affiche. Ce fétichisme des jambes est surtout celui du réalisateur qui, dans Vivement dimanche !, son dernier film en 1983, montre Julien Vercel  (Jean-Louis Trintignant) regardant par le soupirail de son bureau, avec les yeux d’un petit garçon émerveillé, les jambes des femmes passant dans la rue et qu’il devine derrière une vitre pourtant dépolie.

Le troisième exemple d’affiche concerne Le Mari de la coiffeuse de Patrice Leconte (1990). Antoine (Jean Rochefort) a connu une première émotion, enfant, avec sa coiffeuse sensuelle, Madame Sheaffer (Anne-Marie Pisani), plus tard il épouse Mathilde (Anna Galiena), coiffeuse tout aussi sensuelle, et vit pleinement son amour.

Les thèmes de ces films et les caractères des personnages masculins, expliquent, sans aucun doute, le choix des cadrages des affiches. Mais ce qui est troublant est que, malgré la qualité de ces auteurs, le marketing visuel s’impose. Dans ce cinéma masculin, seul compte le regard de l’homme, même s’il est d’amour pour les femmes.

Marc Gauchée

À suivre…

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