Où sont les femmes ? (5/5) / L’hommage ambigu


Comme au XIXe siècle où l’espace public était saturé de femmes-symboles pendant que les hommes accaparaient le pouvoir, certaines affiches de cinéma diffusent une image irréelle des femmes, préférant les réduire à des évocations très partielles, réservant la représentation de personnages complets aux hommes. Après les femmes sans tête, les femmes suggérées et l’excuse fétichiste, même les films qui rendent hommage aux femmes peuvent être détournés au profit d’une représentation toujours aussi partielle…

Ultime triomphe du formatage des esprits par le marketing, certains films rendant pourtant hommage à des femmes se retrouvent avec un visuel tout aussi machiste que les visuels précédant et leurs affiches célèbrent l’invisibilité des femmes.

HommageAmbigu

Le titre de Je vous trouve très beau d’Isabelle Mergault (2005) est une phrase dite par Elena (Medeea Marinescu), une femme des anciens pays de l’Est européen, candidate à un mariage avec un Français. La phrase est donc d’elle, c’est bien elle qui la prononce… et bien, l’auteure de ladite citation se retrouve quand même sur l’affiche en jambes et sans tête. Les créatifs argumenteront que l’important c’est l’effet : le fait de dire « je vous trouve très beau » devant la tête -que l’on voit- au physique « difficile » d’Aymé Pigrenet (Michel Blanc), assis, de plus, dans une roue de tracteur pour bien signifier son milieu social et son enracinement « bouseux », immobile, quand la jupe courte imprimée d’Elena, debout, frissonne au vent. L’important c’est l’effet. Soit. Mais ce qui est étrange, c’est que quel que soit l’effet initial, l’affiche finisse toujours par le même imaginaire qui efface les visages des femmes.

Quant à La Môme d’Olivier Dayan (2007), le film est un « biopic » sur Édith Piaf, intreprétée par Marion Cotillard. Cela n’empêche pas l’affiche de représenter la foule de face et la « môme » de dos, son visage en pleine lumière et que nous ne voyons donc toujours pas ! Certes c’est un jeu, un effet (on ne montre qu’à moitié pour créer le mystère, voire le désir), mais pourquoi les affiches de biopics retraçant la vie d’hommes n’utilisent jamais ce jeu, cet effet ?

Chacun des choix de visuels des affiches dont il a été question ici, s’explique. Les héros principaux sont masculins, normal qu’ils soient montrés ; les films racontent leurs tourments, leurs espoirs, leurs amours et leurs peines, encore une fois, normal qu’ils soient montrés. Mais l’accumulation et le phénomène de série donnent le vertige. Du film grand public au film d’auteur, de la pantalonade à la prise de tête, de la bande de copains au biopic féminin, ils déclinent tous visuellement la même idée : les femmes ? Normal qu’elles soient cachées !

Marc Gauchée

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