« La Robe de Marilyn », l’enquête continue (2)


Depuis la parution de mon essai, La Robe de Marilyn, enquête sur une envolée mythique (François Bourin, 2014), le mythe de la robe soulevée par le vent, inspirée de la célèbre scène de Sept ans de réflexion (de Billy Wilder, 1955), poursuit sa vie…

Les Écossais ou quand la curiosité change de sexe

Il a suffi que Pascal Thomas fasse rejouer à son héros, Bélisaire Beresford (André Dussollier), la scène du métro dans Le Crime est notre affaire (2008) pour qu’aussitôt, les critiques saluent la citation du film de Wilder et célèbrent « le plus joli gag de la décennie » (Alain Riou, TéléObs, 16 octobre 2008) en n’hésitant pas à affirmer qu’« il n’y a sans doute que Pascal Thomas pour oser cette fantaisie-là » (Aurélien Ferenczi, Télérama, 15 octobre 2008). Hélas, ces critiques ont tout faux !

Peut-être par excès de spécialisation dans un genre de films, ces critiques ont oublié que Ryan Harrison (Leslie Nielsen) avait déjà rejoué Marilyn kilt au vent dans Le Détonateur de Pat Proft en 1998, soit 10 ans plus tôt !

EcossaisFilms

Peut-être par mépris pour la publicité -ou indifférence au monde de la « culture pop » qui nous entoure-, ces critiques ont également fait l’impasse sur les nombreux visuels commerciaux qui ont mobilisé un Écossais rejouant Marilyn sur sa bouche de métro : le gin Old Lady’s en 1992, le Schweppes en 1995, le 5e festival des arts burlesques de Saint-Étienne avec le prince Charles en 2008. Et, cela a continué après 2008 avec, par exemple, le spectacle de l’humoriste Craig Hill en 2011 ou le Festival de cinéma de Rennes-Métropole en 2013…

EcossaisPub

Les photographies abondent même sur le net pour saisir cet instant où le kilt s’envole et où l’infortuné Écossais le retient avec plus ou moins de succès.

EcossaisPhotos

En fait, quand un homme veut se prendre pour Marilyn Monroe et rejouer la scène du métro tout en refusant de se travestir en femme, il lui faut forcément endosser le kilt écossais. Et, quoiqu’en disent les critiques bien de chez nous, il n’y a pas que Pascal Thomas « pour oser cette fantaisie-là » !

La fantaisie a même une histoire. En France, elle remonte à 1815, après la défaite de Waterloo, la fin du Premier empire et, par conséquent, l’arrivée à Paris des troupes européennes coalisées. Parmi elles, il y avait des Écossais… en kilt. Comme le note John Grand-Carteret dans Le Décolleté et le Retroussé, quatre siècles de gauloiserie, 1500-1870 (1902) : « Pour la première fois, du côté de l’homme, le vêtement allait jouer un rôle », car « à la curiosité masculine qui, dans l’imagerie du dix-huitième siècle, avait servi de prétexte à tant de tableaux piquants, à tant de charmes secrets aperçus au travers des serrures ou par les portes entrebâillées, succédait la curiosité féminine ».

Ecossais1815

La « gauloiserie » si française évolue donc au XIXe siècle de part cette influence britannique jugée plus directe et plus « grasse ». John Grand-Carteret l’explique ainsi : « Ce qui prédomine en France c’est la grivoiserie, c’est l’allusion légère, l’allusion à une chose qui ne sera comprise que de quelques personnes. En Angleterre, il est impossible que tout le monde ne voie pas ; car les dessinateurs-caricaturistes exécutent des images d’une clarté telle qu’il faudrait être aveugle pour ne point, du premier regard, tout saisir et tout comprendre ». Les cartes postales qui prennent le relais des gravures, au XXe siècle, ne le démentent pas.

EcossaisCartes

Car l’unique question que se pose tout spectateur d’un Écossais « marilynisé » est ainsi  résumée par John Grand-Carteret : « A-t-il ou n’a-t-il pas de cache-pudeur ? ». C’est d’ailleurs cette incertitude et la curiosité obligatoire en découlant qui ont fait le succès de cette image du kilt au vent, image à la fois sage -elle ne montre rien- et osée -elle suggère beaucoup. Elle est donc, à la fois, autorisée et subversive. Surtout,  elle est une promesse d’un ailleurs, de quelque chose de caché et que notre esprit est invité à imaginer. Une image qui fait travailler celle ou celui qui la regardent, qui crée un désir, n’a donc pas fini d’intéresser les artistes… comme les publicitaires.

Marc Gauchée

Cet article, publié dans L'Envers du décor, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s