[Sur les traces de (1)] « La Robe de Mireille Darc »


Avec ce post commence une série qui compare ce qui s’écrit sur le cinéma et ce qu’il y a vraiment dans les films et/ou qui compare ce que montrent les films et ce qui est dans la vraie vie, bref, côté sérieux,  une sorte de « fact cheking » appliquée à la fiction et, côté rêverie, un  format de petite « enquête » pour s’étonner de l’imagination de nos mémoires…

Le n°19 (juin 2016) de Schnock consacré à « Mireille Darc » se devait d’évoquer la fameuse robe largement échancrée dans le dos que l’actrice porte dans Le Grand blond avec une chaussure noire (Yves Robert, 1972). C’est d’ailleurs le dessin d’Erwann Terrier choisi pour la couverture.

_19-couv_m

Dans l’entretien qu’elle accorde à Alister et Sylvain Perret, Mireille Darc raconte l’épisode. Elle avoue ainsi qu’elle était motivée par un souci de visibilité : « Je me dis qu’il faut que je me démerde pour qu’on se souvienne de moi, pour que j’existe dans le film ». L’effet est réussi : quand elle arrive sur le plateau directement avec la robe, « Ça met tout le monde mal à l’aise » et, du coup, Yves Robert, doit repenser et réécrire toute la scène !

GrandBlond1

Ensuite, Mireille Darc revient sur les étapes de la naissance de la robe. « J’ai commencé par donner le scénario à Guy Laroche qui m’a dit : Là, il te faudrait une belle robe du soir. Bien entendu, il part avec l’idée d’une robe décolletée, et je lui réponds : Arrête, je n’ai pas assez de poitrine pour faire rêver les gens ». Plus loin, dans ce même numéro (« Le petit Mireille Darc illustré » par Alister et Sylvain Perret), on apprend pourtant qu’en 1980, l’actrice a subi une lourde opération du cœur due à une malformation de naissance. Elle aurait alors demandé au professeur qui va l’opérer : « J’ai beaucoup de robes décolletées. Vous pourrez faire attention ? »

En attendant, en 1972, elle suggère à Guy Laroche : « Pourquoi on ne ferait pas le décolleté dans le dos ? Donc on commence et là, pendant qu’il parlait, je lui dis : Descends, descends, descends… Il y avait une petite main qui mettait les épingles et quand je l’ai vue devenir toute rouge, là je me suis dit que ça devenait intéressant parce qu’elle avait honte de me regarder ». Dans Le Retour du grand blond (Yves Robert, 1974), Mireille Darc porte une version blanche de la robe dans la scène finale, mais l’effet n’est plus le même. Surtout parce que le plaisir de la surprise s’effaçait au profit du plaisir, moins spectaculaire, de la répétition.

GrandBlond2

Dans ce même entretien, Mireille Darc évoque une autre robe, celle qu’elle portait, plus tôt, dans Du rififi à Paname (de Denys de la Patellière, 1966) : « Il y avait une robe marrante à mettre, c’est-à-dire le dos nu, les fesses à l’air. Personne ne voulait le faire, moi je me suis fait payer, voilà ! ». Dans ce film, Mireille Darc joue le rôle de Lili, une entraîneuse qui plume les gogos amoureux en se faisant offrir des bijoux et du champagne Dom Pérignon : « La bibine à touristes, c’est pas pour ma gueule ! ». Une fois plumés, ils deviennent des proies pour Paul Berger dit « Paulo les diams » (Jean Gabin) qui les convertit ainsi en convoyeurs d’or « avec de la fesse » (dixit Walter, son complice antiquaire interprété par Gert Fröbe). Et elle finit même par croire à une autre vie avec Mike Coppolano (Claudio Brook), bel Américain, faux journaliste, faux gogo, mais véritable agent infiltré. Ce qu’elle confie au tôlier : « Tu t’imagines que je prends mon pieds peut-être à boire ta bibine à ulcère avec des bégayants même pas foutus de me mettre la main aux fesses sans me faire filer les bas ? ».

DuRififi1

La description qu’elle fait de sa robe est exacte, elle comporte bien un dos nu, mais elle reste aussi bien en deçà des deux robes du « Grand blond ». La riche postérité des deux films d’Yves Robert explique sans doute la confusion des robes dans le souvenir de Mireille Darc, une comédienne capable de porter un « décolleté jusqu’aux limites de la correctionnelle ».

Marc Gauchée

(L’entretien complet de 29 pages ! est à retrouver dans le n°19 de Schnock)

Cet article, publié dans L'Envers du décor, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s