« La Robe de Marilyn », l’enquête continue (3)


Depuis la parution de mon essai, La Robe de Marilyn, enquête sur une envolée mythique (François Bourin, 2014), le mythe de la robe soulevée par le vent, inspirée de la célèbre scène de Sept ans de réflexion (de Billy Wilder, 1955), poursuit sa vie…

Quand la robe dévoile les dessous de la politique

Début octobre, paraît chez Grasset : La Face crashée de Marine Le Pen. Cet album de bandes dessinées fait suite à plusieurs autres consacrés à Nicolas Sarkozy. Ici, le dessinateur est toujours Riss, directeur de Charlie hebdo, le scénario est encore assurée par l’avocat Richard Malka, mais pour Marine Le Pen,  l’enquête a été menée par le journaliste Saïd Mahrane du Point. La couverture présente une « Marilyne Le Pen », avec ses acolytes sortant de bouches d’égouts pour reluquer sous sa robe soulevée par le vent.

riss2016

Cette couverture est un des clichés les plus répandus quand Marilyn Monroe et sa robe blanche sont convoquées dans l’univers de la politique. En fait, le dévoilement du corps est alors d’abord assimilé à la révélation d’une affaire ou d’un secret d’État.

secretdetat

En 1987 paraît le livre de l’avocat de Georges Ibrahim Abdallah, terroriste libanais condamné à la prison à perpétuité en France. Or cet avocat confesse qu’il a trahi son client pour négocier avec les services secrets français. Le dessin de Ransom représente donc un avocat en Marilyn-plongeur, allusion à une autre affaire impliquant les services secrets français : lorsque les nageurs de combat ont coulé le navire de Greenpeace, le « Rainbow Warrior », en Nouvelle-Zélande en 1985, causant la mort du photographe Fernando Pereira.

Le petit Kadhafi qui surgit sous le kilt de l’écossais Gordon Brown illustre les révélations du Daily Mail en septembre 2011. Le journal a publié des documents diplomatiques secrets qui montrent que Gordon Brown aurait fait libérer le responsable de l’attentat de Lockerbie (270 morts en 1988) alors qu’il était premier ministre entre 2007 et 2010.

Mais la révélation peut aussi décrire une situation politique qui se retourne et la robe qui se soulève et dévoile les jambes révèle alors la fragilité ou la soudaine faiblesse de celles et ceux qui se retrouvent sur la grille du métro.

revelations

En 1989, l’autoritarisme de Margaret Thatcher est de plus en plus contesté au sein du parti conservateur. Ses positions très réservées sur l’intégration européenne suscitent aussi des désaccords avec plusieurs membres éminents du parti. Aux élections européennes de juin d’ailleurs, le parti conservateur arrive derrière le parti travailliste. La « Dame de fer » perd de sa superbe et est contestée : son armure et ses armes s’envolent encore plus haut que sa robe ! Elle devra démissionner de son poste de première ministre l’année suivante.

En 1992, le républicain George Bush croit gagner facilement l’élection présidentielle, après tout, il est le président de la chute du Mur de Berlin et le vainqueur de « l’Empire du mal » soviétique. Il en oublie les mauvais chiffres du chômage (près de 8%) et du déficit budgétaire. Le pays connaît même une récession en 1991, le produit intérieur brut (PIB) baisse de 0,2%. James Carville, le responsable de la campagne du démocrate Bill Clinton, popularise alors le slogan : « It’s the economy, stupid » parce que ce qui va intéresser les électeurs américains, c’est l’amélioration de leur situation économique, leur emploi et leur pouvoir d’achat bien avant les affaires du reste du monde. Et Bill Clinton sera élu de 1993 à 2001 !

L’extraordinaire plasticité de l’image de Marilyn Monroe robe au vent lui permet aussi d’être convoquée, en politique, non pour révéler une faiblesse, mais pour mettre en scène un triomphe et une hégémonie.

hommage

Certes, pour le dessin de  Sarah Palin par Riber, l’image est ambiguë. Les jambes d’éléphant figurent à la fois le parti républicain dont l’éléphant est le symbole, mais aussi la « lourdeur » de la candidate à la vice-présidence des États-Unis. En effet la gouverneure de l’Alaska se caractérise par un goût pour les armes, la chasse et la pêche et un soutien enthousiaste du «Tea Party », l’aile la plus conservatrice des Républicains. Comme Margaret Thatcher en son temps, ses déclarations à l’emporte pièce (ajoutées, pour Sarah Palin, à ses connaissances approximatives du monde extérieur à l’Alaska) finiront par susciter des critiques dans son propre camp.

En revanche, Angela Merkel, chancelière allemande depuis 2005, apparaît, sans ambiguïté, impériale, embellie et aérienne dans le dessin de Willem de 2013. Le magazine Forbes l’a d’ailleurs désignée 10 fois « femme la plus puissante du monde » (de 2006 à 2009 et de 2011 à 2016) et elle est joue toujours un rôle très actif dans les décisions relatives à la politique de l’Union européenne, semblant condamner ses partenaires français au suivisme (Nicolas Sarkozy) ou à la passivité (François Hollande). Il faut attendre 2015 pour que sa popularité soit entamée du fait de sa politique migratoire jugée trop généreuse.

Le côté positif de l’image de Marilyn robe au vent lui permet aussi d’incarner une nation, renouant ainsi avec le XIXe siècle quand les hommes réels ont monopolisé l’espace public dans lequel ne figuraient que des femmes symboles de la République, de la Liberté, de l’Égalité etc.

pays

En 1987, François Mitterrand, président de la République depuis 1981, maintient un (faux) suspense sur sa candidature pour un second mandat. Michel Gayout réalise donc un collage où la durée du septennat renvoie directement au titre du film de Billy Wilder : Sept ans de réflexion et où François Mitterrand prend la pose réflexive derrière une « Marianne Monroe ». Il se déclarera candidat très tard, le 22 mars 1988 alors que le premier tour de l’élection présidentielle a lieu en avril.

Quant à l’« American Beauty » que Greg Hildebrandt dessine en 2001, elle relève plus d’un patriotisme sexy typiquement américain (2001 est l’année où les États-Unis ont subi l’attaque terroriste sur les tours du World Trade Center à New York) que d’un hommage au film éponyme de Sam Mendes de 1999.

Le couple Clinton permet de conclure ce chapitre politique puisque ses images exposent tous les aspects de la mythologie marilynesque robe au vent.

lesclinton

Du côté d’Hillary Clinton, le magazine Spy l’avait représentée en 1995 avec une robe révélant un slip kangourou révélant lui-même, à son tour, les formes généreuses d’un pénis. Le message était double : Hillary a une face sombre (la robe est noire) et Hillary « porte la culotte ». Cette couverture faisait suite à la révélation des investissements juteux et spéculatifs faits par le couple Clinton et particulièrement par Hillary, à la fin des années 1970. Hillary fermant son compte en juillet 1979 lorsqu’elle attendait sa fille Chelsea.

Du côté de Bill, les effigies brandies par des manifestants lors de l’affaire Monica Lewinsky, en 1998-1999 rappellent l’autre liaison sulfureuse entre John Kennedy et Marilyn Monroe. Monica devient Marilyn, même si c’est une robe bleue et non pas blanche, tachée du sperme présidentiel, qui finira par contraindre Bill a avouer un « contact intime inapproprié ».

C’est ainsi qu’en politique, le vent qui soulève la robe ne reste jamais très longtemps frais.

Marc Gauchée

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Un commentaire pour « La Robe de Marilyn », l’enquête continue (3)

  1. Arsène dit :

    Brillantissime

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