[Pré-génériques] « Zardoz » n’est pas un nanar, c’est juste un film mal raconté


frforestier

François Forestier a publié plusieurs ouvrages sur le « nanar » : Les 101 nanars. Une anthologie du cinéma affligeant (mais hilarant) (Denoël, 1996) et Le Retour des 101 Nanars. Une nouvelle anthologie du cinéma navrant (mais désopilant) (Denoël, 1997). Et , sur la couverture de ce dernier, figure Sean Connery dans Zardoz de John Boorman (1974).

Si certains reconnaissent que « le costume improbable de Sean Connery » a largement contribué à la mauvaise réputation du film (Nébal, « Être ou ne pas être un nanar » , cafardcosmique.com), d’autres accusent le choix de couverture de François Forestier de contribuer à donner du film de John Boorman « une fausse image » alors qu’il s’agirait  d’« un vrai film de science-fiction au scénario très ambitieux » (Jules, « Le cinoche à Jules – Zardoz », leblogajules.canalblog.com, 11 mars 2014). D’autres émettent carrément des doutes sur la démarche même de François Forestier qui disqualifierait des films selon sa seule humeur : « Le nanar selon François Forestier peut aussi être un film consacré par la critique ‘sérieuse’. Un film qu’un spectateur de mauvaise humeur peut avoir envie de dézinguer en le ramenant à des petits détails, à son anecdote, à son dialogue, au physique de ses acteurs, au ras du plancher, etc. C’est un exercice qui peut être appliqué à tous les films, même les plus grands chefs d’œuvre du cinéma, pourvu qu’on possède une bonne dose de mauvaise foi, de l’humour, éventuellement qu’on éprouve de la colère » (Jean-Baptiste Morain, « Pourquoi les ‘nanars’ de François Forestier ont bien mal vieilli », lesinrocks.com, 24 avril 2016). D’autres, enfin, refusent de qualifier Zardoz de « nanar » et expliquent que « le problème de Zardoz, c’est que Boorman tente d’y coller pêle-mêle plusieurs niveaux d’interprétations confus et parfois contradictoires, ce qui donne un scénario qui a tendance à partir dans tous les sens sans qu’on comprenne trop ce qui se passe » (Barracuda, nanarland.com). John Boorman lui-même, dans les commentaires audio du DVD (20th Century Fox Home Entertainment, 2002), se justifie en arguant d’une trop grande ambition pour un trop petit budget : « Quand je regarde ce film maintenant, je suis sidéré de ma prétention démesurée dans l’entreprise de cet incroyable pot-pourri. Une entreprise… j’hésite entre ‘audacieuse’ et ‘ridicule’ ».

Alors, Zardoz, une simple inadéquation entre les fins et les moyens ? Pas sûr, car dès le pré-générique, le film en dit trop ! Déjà il n’y a pas qu’un pré-générique, mais il y en a deux d’une durée totale de 5 minutes 20.

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Le premier se déroule sur fond noir, une tête apparaît comme flottante, c’est Arthur Frayn (Niall Buggy). Il explique qu’il vit depuis 300 ans, qu’il attend la mort mais qu’elle ne viendra pas, car il est immortel. Mais l’important est qu’en quelques minutes, il donne la plupart des clés du film. D’abord il dévoile son rôle dramatique : « Dans ce conte, je suis faux dieu de mon métier et magicien par nature », au cas où le spectateur n’aurait pas compris, il précise qu’il est Zardoz et : « Je suis celui qui tire les ficelles ». Pire, toute la capacité à rendre crédible la fiction est déconstruite parce qu’Arthur Frayn s’adresse directement au spectateur et précise qu’il a été inventé « pour vous divertir et vous amuser »… C’est tellement plus efficace en le disant ! Enfin, la tête virevolte en se rapprochant et disparaît vers le bas. Puis vient l‘annonce du nom du réalisateur et de la liste des comédiens.

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Le second pré-générique se déroule en « extérieur ». En 2293, une tête géante en pierre flotte dans le ciel et s’adresse aux exterminateurs, ses « élus », avec des sentences qui font se pincer les lèvres : « L’arme est le bien », car elle permet d’éliminer les Brutes, « Le pénis est le mal », car il multiplie les Brutes. Elle donne sa consigne : « Allez et tuez ! ». De sa bouche géante sont alors expulsées des armes, les exterminateurs s’en emparent aussitôt. Zed (Sean Connery) est l’un de ces exterminateurs, il se tourne vers la caméra pointant son pistolet et tire.

La tête de pierre volante rappelle celle d’Arthur Frayn, normal puisque l’on sait déjà qu’il est Zardoz ! Et le coup de feu face à la caméra rappelle moins ceux que Sean Connery tire dans les séquences d’ouverture de James Bond depuis 1962 (Docteur No de Terence Young) que l’adresse directe d’Arthur Fayn au spectateur, pour, surtout, que la fiction ne s’assume pas et s’affiche comme telle.

Ce n’est donc pas la « gigantesque tête de pierre volante pas hyper bien incrustée », ni « l’improbable garde-robe de la quasi-intégralité de la distribution », ni le fait que Zardoz est  « le produit d’une époque et d’une mentalité, en gros celle d’une intelligentsia post-hippie, artisteuse et vaguement cramée du bulbe » (Nébal, « Être ou ne pas être un nanar » , cafardcosmique.com) qui font de Zardoz un film raté. C’est que, malgré la présence d’un réalisateur et d’une bonne distribution, la narration est complètement ratée. En moins de six minutes, John Boorman a fait le choix de livrer l’explication du récit qui va suivre (le faux dieu), il oublie qu’un film raconte une histoire et que cette histoire doit emporter le spectateur. Au contraire, dès le pré-générique, il réussit l’exploit de tuer tout suspense, de déconstruire toute crédibilité de son histoire et, partant, tout ressort dramatique.

Marc Gauchée

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Un commentaire pour [Pré-génériques] « Zardoz » n’est pas un nanar, c’est juste un film mal raconté

  1. Jean-Pierre Bacot dit :

    Au degré zéro de l’analyse, on pourrait classer ipso facto Zardoz en série Z
    Sinon, une thèse de cinéma sur les pré-génériques serait une bonne idée, car le sujet touche autant la production que la réalisation. Enfin ce que Sean dit c’est peut être de Connerys…

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