[Pré-génériques] « Caligula » de Tinto Brass (1979) ou la promesse du hard


En 3 minutes et 42 secondes, le pré-générique de Caligula est construit comme un cycle qui promet du « hard » décliné en violence politique et en sexe.

Côté violence politique, ce pré-générique est enchâssé dans deux cartons plus inquiétants l’un que l’autre. Même si cette violence est suggérée, annoncée, sans être montrée. Le premier de ces cartons présente la citation de Marc l’évangéliste donnée en guise d’avertissement : « Et que sert-il à un homme de gagner tout le monde, s’il perd son âme ? » (8, 36). C’est d’ailleurs l’intention du réalisateur, Tinto Brass : « L’idée originale n’était pas de faire un film sur le sexe mais sur le pouvoir, donc sur la violence. La violence sexuelle, selon ma mise en scène, ne devait être qu’une parabole de la violence du pouvoir (…).  Lorsque Caligula se rend compte du piège dans lequel il est tombé, lorsqu’il s’aperçoit que ce n’est pas lui qui détient le véritable pouvoir mais que ce sont les institutions qui se sont servies de lui, le seul moyen qui lui reste, c’est de s’en remettre à la folie. Une folie au sens shakespearien du terme. Une folie méthodique » (Toutes les citations de Tinto Brass sont extraites d’un entretien avec Marie-Delphine Bonada, dans Le Matin, 8 juillet 1980).

Le second carton vient confirmer cette intention avec l’image d’un sceau au profil de Caligula… et à l’œil qui saigne. Le ton est donné et, de toute façon, le film traite de Caligula dont la réputation est loin d’être pacifique !

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Côté sexe, entre ces deux cartons, se glisse une scène érotico-bucoliquo-forestière qui s’ouvre sur un troupeau de moutons mené par un berger. Certes, l’idée de menace ne quitte pas l’esprit du spectateur parce qu’on ne sait pas si le berger ne mène pas ses moutons à l’abattoir et parce que le cadre est une forêt, lieu souvent rattaché à des frayeurs et des dangers.

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Quoi qu’il en soit, dans cette scène, Caligula (Malcolm McDowell) est lascivement enlacé au pieds d’un arbre avec sa maîtresse, Drusilla (Teresa Ann Savoy). Le même tableau du couple enlacé clôt la séquence. Entre ces deux moments de tendresse, nos deux amants se poursuivent dans la forêt et se prennent en « union suspendue », l’amant enlacé par les jambes de sa maîtresse. Tout semble y être « soft ». Les vêtements d’un blanc immaculé sont suffisamment échancrés pour laisser voir les jambes de monsieur et le postérieur de madame. Quand madame court dans la forêt, ses seins ballottent librement. Il n’y a pas de ralentis, comme, plus tard, dans Alerte à Malibu, mais l’effet recherché est le même.

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Pourtant, là aussi, le « hard » menace cet océan de « soft ». Il suffit, pour s’en apercevoir, de comparer les deux images du couple enlacé, celle du début et celle de la fin. Dans la deuxième, celle qui termine la séquence, Caligula a glissé une jambe entre celles de Drusilla révélant le sexe de cette dernière, bien loin donc d’un érotisme « soft ».

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À ce titre, Tinto Brass n’a cessé de dénoncer les ingérences des deux producteurs, Franco Rossellini et Bob Guccione : « Je dirais qu’il s’agit d’un film porno-idéologico-colossal. Je voulais décrire la prostitution d’un individu lorsqu’il se marie avec l’idéologie du pouvoir. Mais la production a ajouté des scènes érotiques qui contredisaient cette ambition ». L’exhibition de l’actrice n’est pas plus étonnante que ça, Bob Guccione s’est fait connaître avec le magazine Penthouse en montrant directement les sexes féminins sans cache, ni artifice, à la différence des autres magazines « pour hommes » de l’époque. Les producteurs ajoutèrent des scènes pornographiques à coups d’orgies, de partouzes, de bordels et de lesbianisme et le film de 144 minutes initialement connut même une version réduite à 100 minutes sans les scènes « hard » !

Le pré-générique de Caligula vient ainsi confirmer que le discours sur la violence politique n’est qu’un prétexte au spectacle du sexe. Tinto Brass le regrettait : « Mon Caligula, avec son discours sur le pouvoir, se voulait infiniment plus provocateur que celui de Rossellini avec ses sexes nus »… Les 1,4 millions de spectateurs en France qui se déplacèrent en salle, le firent évidemment pour s’associer aux regrets du réalisateur (www.jpbox-office.com).

Marc Gauchée

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