Noël techno, Noël blaireau ?


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C’est Noël et Bouygues nous souhaite sur les ondes de la radio et à la télévision un « Joyeux technoël » ! Le bonheur, il paraît que « c’est simple, comme un coup de fil » disait déjà France Telecom en son temps. Fil que nous n’aurions plus à la patte depuis les récents progrès des communications. Le fax, l’ordinateur, le téléphone, perfectionnés par le mobile, le portable et la tablette envahissent nos jours et nos nuits et abolissent les frontières entre temps de travail et temps pour soi. Ce n’est plus la peine de revenir les bras chargés de dossiers, le travail arrive tout seul à la maison directement sur vos écrans. Les réseaux et les connexions nous tiennent branchés en continu avec l’entreprise… Quant aux amis, ils se gèrent à coups de textos et de méls, de like ou d’« indésirables » jamais dans la proximité, le bruit et l’odeur des corps.

Dans Denise au téléphone (1995), Hal Salwen avait décrit une tribu de sept New-Yorkais, jeunes et branchus, débordés de travail et en contact permanent par téléphone interposé. Car ces handicapés sociaux sont seulement capables d’entretenir l’illusion d’une existence normale. Le comique du film vient de cette obstination des personnages à tout faire comme si, comme s’ils se voyaient régulièrement, comme s’ils vivaient ensemble alors que la technique leur permet de vivre leur névrose. Ils mènent ainsi une vie assistée par téléphone comme autant de mouches bourdonnantes agonisant dans la toile d’araignée des réseaux de télécommunication.

Toujours joignable, sans cesse en ligne, tout le monde évite le moindre moment de solitude, de confrontation avec soi-même, alors qu’« aller en soi-même, et ne rencontrer durant des heures personne, c’est à cela qu’il faut parvenir » (Lettres à un jeune poète, Rainer Maria Rilke, 1929).

Les sept nains relationnels de Denise au téléphone gesticulent d’impuissance en évitant tout contact charnel. Les relations techniques servent aussi à éviter la rencontre avec d’autres individus faits de chair et d’os. Et lorsque Denise est mise enceinte, sans avoir couché avec qui que ce soit et donc par fécondation artificielle, les joyeux téléphonistes se retrouvent tous en ligne pour vivre en direct la venue au monde du bébé. L’espace de ce moment merveilleux, les héros de Denise au téléphone dont certains ne se sont jamais vus, se parlent en même temps et engagent une véritable conférence. Ils forment, pendant un court instant, « l’Unité Suprême » (Les copains, Jules Romains, 1913), dérisoire et joyeuse simulation d’une communion amicale qui n’a jamais de dimension physique.

Au final, les moyens de communication modernes ne semblent favoriser que les relations et les tentations, à proprement parler, inhumaines. La morale du film serait simple, optimiste et efficace : coupez le contact avec votre tribu, éteignez la télévision, mettez le répondeur, choisissez les flux d’images et de communications que vous voulez recevoir ou sortez et allez voir vos amis. Vous hésitez encore ? Alors rappelez-vous que si tous les trous du cul n’ont pas d’hémorroïdes, beaucoup ont des téléphones sans fil !

Marc Gauchée.

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