[Comme un écho] Les crimes de pères de famille dans Le septième juré et Dupont Lajoie (1/2)


Ici commence [Comme un écho], une série d’articles sur des parallèles entre deux films ou plus, entre des versions et des remakes, mais aussi entre des films qui présentent des scènes similaires ou comparables par le sujet qu’elles abordent.

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Le Septième Juré (de Georges Lautner, 1962) raconte le meurtre -et ses suites- commis par Grégoire Duval (Bernard Blier), pharmacien de Pontarlier et père de famille. Dupont Lajoie (d’Yves Boisset, 1975) raconte le meurtre -et ses suites- commis par Georges Lajoie (Jean Carmet), patron de bistro parisien et père de famille. À 13 ans d’intervalle, voilà donc deux bourgeois, notables de leur quartier ou de leur ville, qui commettent l’irréparable et que la société va pourtant protéger pour les faire échapper à la justice.

Des coups de chaud apparents

D’abord les circonstances des deux meurtres semblent dues au hasard, à l’errance de promeneurs et à leurs rencontres fortuites.

C’est ainsi que Grégoire Duval quitte la table dominicale dressée en plein air où son employé, Philibert (Jean Sylvère) s’est endormi après un bon repas. Le soleil tape et, semblant céder à un coup de chaud, Grégoire se précipite sur Catherine Nortier (Françoise Giret), une belle jeune femme qui prenait un bain de soleil et tente de lui arracher un baiser, mais elle hurle et il l’étrangle. Comme il se le dit : « Je n’ai rien fait, je n’ai rien fait, je suis passé, elle était là, mon dieu, pourquoi elle était là, j’avais trop mangé, trop bu, qu’est-ce qu’on peut faire le dimanche ? ».

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Georges Lajoie se promène dans la nature pendant que les autres vacanciers participent aux jeux « Inter-camping » sur la Côte-d’Azur. Il tombe sur Brigitte Colin (Isabelle Huppert), la fille de ses amis, qui prend un bain de soleil. Il engage une conversation, veut lui arracher un baiser, mais elle refuse, lui arrache alors son maillot, elle se débat et le repousse, il lui brise le cou accidentellement.

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L’explication par un coup de chaud dont auraient été victimes ces hommes, pères de famille jusqu’à présent modèle, est encore renforcée par la beauté des victimes : les deux jeunes femmes bronzent quasiment nues, en monokini, allongées, comme déjà offertes.

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D’ailleurs, les deux films utilisent des cadrages (jeux d’échelles entre bourreaux et victimes avec la profondeur de champ, contre-plongées, plongées…) pour exprimer le sentiment de domination et de puissance éprouvé par ces pères de famille qui se croient tout permis et vont bientôt devenir meurtriers.

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Mais ces coups de chaud ne sont qu’apparents. En effet, lorsque Georges tue Brigitte, plus personne n’ignore qu’il est un frustré sexuel, son coup de chaud vient donc de loin ! Dans son café déjà, il a glissé une discrète main aux fesses de son employée, Monique. Plusieurs de ses regards ne trompent pas (sur les fesses de Monique dans le café), mais c’est surtout Brigitte qui déclenche chez Georges des regards concupiscents : lorsqu’elle va se coucher dans sa tente, lorsque son fils Léon (Jacques Chailleux) lui passe de l’huile solaire sur la plage ou encore lorsqu’elle danse en boîte de nuit.  Ni sa femme Ginette (Ginette Garcin), ni Brigitte ne sont d’ailleurs dupes de ces regards.

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Lorsque Grégoire tue Catherine, Georges Lautner insiste sur le soleil qui tape, les effets de l’alcool ingurgitée et semble valider la thèse du coup de chaud de l’instant. Mais la suite du film révèle que Grégoire avait croisé plusieurs fois Catherine et ses débats intérieurs, égrenés tout au long du film, prouvent qu’il enviait sa liberté : « Elle riait tout le temps, elle était trop jolie, trop libre, trop facile » ; « Dans le temps, on l’aurait brûlée comme sorcière », c’est donc un « mouvement de légitime défense », « ce n’est pas un assassinat, c’est une exécution… sans jugement » ; « Je suis sûr qu’en faisant l’amour elle était encore plus belle ». Et le soir, dans le lit conjugal, ses pensées trahissent son désir : « Boire, manger, dormir, heureux, malheureux.  Ah, on était heureux à en crever, ou plutôt à en étrangler une autre, une autre qui s’arrangeait pour faire tout ça mieux que nous ». Quand il se retrouve avec  les autres notables de Pontarlier, le vétérinaire Hess (Maurice Biraud) lui affirme que Catherine était « Celle que nous attendons tous ». Il ne croit pas si bien dire, car, dans Le septième juré, le soi-disant coup de chaud vient même d’encore plus loin que dans Dupont Lajoie : Grégoire confie à son fils qu’il a eu un coup de foudre pour Nadia qu’il avait connue en dansant à Strasbourg : « J’avais 25 ans et je l’aimais ». Mais, déjà fiancé avec sa future femme, il a pris la fuite « Je ne pouvais pas comprendre que faire l’amour n’est pas un acte méprisable. On ne m’avait pas appris que la liberté c’est comme… comme une espèce de maladie, j’étais vacciné contre le bonheur, je ne pouvais plus l’attraper et puis j’avais été surpris, j’ai eu peur ».

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Marc Gauchée

À suivre

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