[Comme un écho] Les crimes de pères de famille dans Le septième juré et Dupont Lajoie (2/2)


Le septième juré de Georges Lautner comme Dupont Lajoie d’Yves Boisset ont en commun de mettre en scène un acte meurtrier de concupiscence contre des jeunes femmes jugées toujours trop libres, contre un sentiment de vie bourgeoise ou petite-bourgeoise terne voire carrément ratée. Mais si les meurtriers, Grégoire et Georges, ne réagissent pas de façon identique après leur forfait commis, la société parvient à les protéger dans les deux cas.

Les réactions opposées des meurtriers

Grégoire va peu à peu prendre conscience de l’horreur de son acte, mais il va surtout en comprendre les motivations et se révéler ainsi comme son propre justicier. Le lendemain de son meurtre, au petit-déjeuner, il pense : « Non, ce n’est pas possible, une minute d’égarement ne peut pas effacer toute une vie respectable ». Mais c’est toute cette « respectabilité » qu’il va remettre en cause. C’est ainsi que désigné juré dans le procès de Sylvain Sautral (Jacques Riberolles), l’amant de Catherine, qui est accusé du meurtre à sa place, Grégoire intervient durant les audiences et parvient à le faire acquitter : « Il me fallait sauver Sautral ». Rongé par la culpabilité, Grégoire va en Suisse se confesser auprès d’un curé et finit par se livrer (en vain) à Geneviève, sa femme (Danièle Delorme) et même au commissaire qui ne le croit pas, tout comme Sylvain d’ailleurs !

Georges n’a pas ces tourments moraux. Au contraire, passé le léger trouble après son meurtre : «  Qu’est-ce que j’ai fait !…  Oh, qu’est-ce que j’ai fait ! », il détourne les accusations vers les immigrés maghrébins en déposant le corps de Brigitte près de leurs baraquements de chantier. Pire, il attise la haine des vacanciers racistes contre eux jusqu’à participer à une ratonnade qui sera fatale à Saïd, l’un des ouvriers algériens.

Comment la société protège les pères de famille assassins

Malgré cette différence de réaction entre les meurtriers, les deux films dénoncent la même façon dont la société réagit à ces crimes de pères de famille.

D’abord en ayant des préoccupations purement économiques. Dans Le septième juré, le procureur général (Francis Blanche) voudrait que la session d’assises coïncide avec la grande foire annuelle, car ce serait bon pour le tourisme, le commerce et l’industrie. Dans Dupont Lajoie, le président du conseil général explique que « Cette région vit essentiellement du tourisme, vous le savez, si on se met à accuser les campeurs… ».

Ensuite, la société va cautionner le lynchage des innocents et protéger les assassins ! Dans Le septième juré, le lynchage est celui de la bonne société de notables de province contre la victime Catherine qui, selon une vieille dame appelée à témoigner sur ce genre de « filles », avoue devant le juge : « Entre parenthèses, je pensais, si ça leur arrivait plus souvent, elles auraient moins chaud quelque part ». Le vétérinaire pointe du doigt la responsabilité collective des notables : « Chacun de nous s’y est mis un petit peu et puis un jour l’un de nous s’est trouvé là juste à point pour faire couic ». Sylvain Sautral, un homme trop dilettante et libertaire, est, lui, victime d’un lynchage social. Geneviève a trouvé la preuve de sa culpabilité : « Il couchait avec cette fille, oui ou non ? » et Grégoire de répondre : « Jusqu’à présent, ce serait plutôt un signe d’affection ». Sylvain, quand il va remercier Grégoire, le septième juré, reconnaît que « J’avais la terre entière contre moi ». Geneviève réagit aux aveux de son mari : « C’est bien jolie la vérité, mais quand ça ne sert à rien… ». Elle trouve la solution en faisant enfermer Grégoire dans une maison de fous et le médecin justifie cette mesure ainsi : « Aussi longtemps que vous vous accuserez de méfaits imaginaires, nous serons obligés de vous soigner ».

Dans Dupont Lajoie, personne n’accepte de témoigner contre les campeurs ratonneurs. Et le haut fonctionnaire (Henri Garcin) se charge d’écrire la belle histoire qui les innocente : « une jeune fille a été assassinée aux abords d’un chantier dans des circonstances particulièrement atroces… Or les ouvriers Nord-africains travaillant sur ce chantier ont découvert bien avant la police qui était le coupable. Pourquoi ? Mais tout simplement parce qu’il s’agissait d’un des leurs ! Ces hommes sont des montagnards de la région des Aurès… Je veux dire ce sont des gens fiers, intransigeants, qui règlent les affaires d’honneur entre eux ! Ils ont donc jugé leur compatriote, ils l’ont condamné et ils l’ont exécuté. C’est tout ! ».

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Alors « c’est tout ? ». Non, car les deux assassins connaissent, malgré la protection de la société, une punition. Pour Georges, il est abattu dans une ultime scène, derrière son comptoir, par le frère de Saïd (Mohamed Zinet) : « Tu te rappelles mon frère ? Mon frère ! ». Quant à Grégoire, il part en hôpital psychiatrique avec ses regrets sur sa vie et le mauvais choix qu’il a fait à 25 ans : « Ce n’était pas le meurtre de Catherine dont on me demandait le prix, c’était celui de Nadia. Si on me l’avait dit tout de suite, je ne me serais pas tant débattu pour payer ce que je devais depuis si longtemps ».

Marc Gauchée

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Un commentaire pour [Comme un écho] Les crimes de pères de famille dans Le septième juré et Dupont Lajoie (2/2)

  1. Arsène dit :

    C’est pas pour tout mélanger, mais avec le nouveau président américain, la beaufitude à l’occasion criminelle vient de passer un nouvel échelon.

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