[Comme un écho] De l’utilité des fantasmes dans la vie conjugale, « Sept ans de réflexion » et « Frantic » (2/2)


Quand deux maris se retrouvent célibataires à New York ou à Paris, la solidité de leur fidélité conjugale est mise à l’épreuve par la rencontre avec de belles femmes, sur le mode humoristique dans Sept ans de réflexion (de Billy Wilder, 1955) et sur le mode dramatique dans Frantic (de Roman Polanksi, 1988).

Ces femmes sans patronyme et mystérieuses sont des fantasmes dans la vie bien réglée de ces pères de famille. Billy Wilder comme Roman Polanski mobilisent plusieurs symboles pour signifier l’évolution de leurs personnages masculins au contact de ces femmes qui viennent interroger leurs habitudes conjugales.

C’est sans doute pourquoi, dans les deux films, les rencontres se font dans un escalier, tout à la fois symbole de l’ascension et menace de la chute. Dans Sept ans de réflexion, la fille emménage au-dessus de Sherman et il attrape un premier torticolis à la regarder monter les marches, mais cette position supérieure de la fille matérialise aussi l’ascension morale que va vivre Sherman acquérant plus de maturité au contact de la fille. Dans Frantic, Walker est caché dans l’escalier pour attendre Michelle qui rejoint l’appartement de son ami Dédé. Au moment où elle descend, il surgit, entraînant leur chute.

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Le désir sexuel n’est pas absent, explicite avec Sherman, suggéré chez Walker. Il faut dire que les deux femmes ont un rapport décomplexé à leur corps : la fille se promène toute nue chez elle, car il fait chaud à New York et elle ne dispose pas de la climatisation et Michelle se change sous le regard de Walker qui, du coup, pudique pour deux, ferme la porte.

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Le jeu avec les sous-vêtements ne laisse pas indifférents les héros masculins. Quand Michelle ne porte pas de soutien-gorge, la fille explique : « Je passe à la cuisine pour m’habiller » puisque, par cette chaleur, elle met son linge de corps dans la réfrigérateur ! Pas étonnant, devant tant de sensualité que les entourages se méprennent et imaginent des infidélités réelles là où il n’y en a pourtant pas : Monsieur Kruhulik le concierge (Robert Strauss) se méprend comme les collègues que Walker, accompagné de Michelle, rencontre à l’aéroport.

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Si, dans Sept ans de réflexion, le blanc accompagne le caractère « angélique » de la fille (c’est en robe blanche qu’elle s’aère sur la grille de métro et qu’elle s’habille le plus fréquemment), dans Frantic, le noir des vêtements comme du blouson accompagne le caractère « diabolique » de Michelle.

Pourtant, c’est le rouge qui unit les deux femmes dans leur message ultime : le retour vers les femmes légitimes. Ainsi la fille avoue à Sherman : « Si j’étais votre femme, je serais très jalouse de vous, je serais vraiment vraiment jalouse de vous. Je vous trouve délicieux » et elle l’embrasse une dernière fois sur la bouche, l’empêchant de nettoyer la trace : « J’ai un message pour votre femme. Non ne l’essuyez pas. Si elle croit que c’est de la confiture de cerise, dites lui qu’elle a des noyaux de pêches dans la tête ». Quant à Michelle, elle enfile une robe rouge -certes très courte-, de la même couleur que la robe -certes plus longue- que porte Sondra depuis son enlèvement.

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Finalement, la fille comme Michelle provoquent le retour des maris vers leurs épouses légitime, prouvant ainsi que les fantasmes sont utiles à la vie conjugale. Sherman part en courant vers le lieu de vacances de sa femme et de son fils pour lui rapporter enfin sa pagaie. Walker se retrouve dans le taxi avec sa femme vers l’aéroport pour New York, il l’embrasse et lui dit : « Je t’aime ».

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Ces deux maris, mis au contact de la liberté incarnée par des femmes célibataires et indépendantes, ne brisent pas leur couple. Dans Sept ans de réflexion, la fille gagne sa vie, se débrouille toute seule et préfère même la fréquentation des hommes mariés, car ils ne lui proposent pas de l’épouser comme tous les autres. Mais c’est sans doute dans Frantic que le parallèle avec la liberté est le plus appuyé visuellement : Michelle meurt au pied de la statue de la Liberté du pont de l’Alma à Paris et le Krytron, détonateur nucléaire, est caché dans une reproduction de cette même statue. Autrement dit, pour Roman Polanski, la bombe serait dans la liberté (n’oublions pas que les Walker ont fait leur voyage de noces il y a 20 ans… soit en 1968 à Paris) ! D’ailleurs, dans la pièce de George Axelrod (1952) d’où est tiré le scénario de Sept ans de réflexion, Sherman couchait avec la fille et, en 1989, Roman Polanski épousait Emmanuelle Seigner.

Marc Gauchée

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