À la recherche du Gaulois perdu


lonestar

Dans une ultime concession aux fanatiques de l’identité et avant de disparaître, Nicolas Sarkozy avait bombé le torse et récité la légende : « Dès que vous devenez français, vos ancêtres sont gaulois » (Franconville, 19 septembre 2016). En 1996, Lone Star de John Sayles racontait l’histoire d’un fils qui partait à la recherche de son père qu’il croyait « Gaulois »…

Les Américains savent écrire leur propre légende en faisant fi de l’histoire ou de la réalité sociale. Ainsi, à coups de « melting pot » puis de « salad bowl », ils peuvent justifier le mélange comme la ghettoïsation des communautés blanche, noire, rouge, jaune ou latino. Lone Star vient tordre le cou à certains de ces clichés. Buddy Deeds (Matthew McConaughey) fait pourtant partie de cette légende. Adjoint au shérif de la petite ville de Frontera sur le Rio Grande dans les années 1950, il s’est élevé contre son chef raciste et despotique, Charly Wade (Kris Kristofferson), puis l’a remplacé en apaisant les tensions interraciales. Trente ans plus tard, Buddy Deeds décédé est devenu le héros de Frontera, l’homme à qui on élève une statue et c’est son fils, Sam (Chris Cooper), qui est maintenant shérif de la bourgade. Sam a du mal à assumer cet honneur et ce lourd héritage, d’autant plus qu’on retrouve le squelette blanchi de l’affreux Charly Wade et qu’il soupçonne Buddy de l’avoir éliminé. Sam mène donc son enquête à la recherche de la vérité paternelle.

Il n’est pourtant pas le seul à être tourmenté par l’image de son père. Chaque communauté de Frontera, les anglos, les mexicanos et les afro-américains, essaient aussi de débrouiller les fils emmêlés de l’histoire de leurs filiations croisées, métissages et identités perdues. Sam découvre que les témoignages qu’il rassemble avec peine, viennent contredire sérieusement la version officielle. Mais il découvre que la riche propriétaire du restau mexicain, le maire et le barman mi-noir mi-indien, représentants des trois communautés locales, se sont mis d’accord pour créer la figure du héros par soucis de maintien de l’ordre.

Les vérités paternelles entrevues, les personnages de Lone Star se gardent pourtant bien de sombrer dans un délire de purification raciale ou de séparation stricte des communautés. À l’image du barman qui explique à son petit-fils que le lien du sang ne signifie que ce que l’on veut bien y mettre. Ils acceptent que leurs destins soient irrémédiablement et inextricablement liés. Sam et Pilar, l’institutrice (Elizabeth Pena), décident donc de vivre pleinement leur amour malgré le lien de parenté qu’ils se sont découverts. « Oublions Alamo ! » lance Pilar à Sam.

L’Amérique de John Sayles est une nation où, depuis l’affrontement d’Alamo, il a bien fallu vivre, se parler, s’aider et s’aimer. Son Amérique est en revanche bien loin de celle de Donald Trump. Elle ne rêve pas de développement séparé par un mur, de pureté fantasmée. Elle ne désire pas un superbe et impossible isolement alors que plus de 15 millions de personnes d’origine mexicaine résident aux États-Unis, employées, en partie, dans le secteur agricole au salaire minimum ! L’Amérique de John Sayles s’inscrit dans celle de L’Homme qui tua Liberty Valence (John Ford, 1962) : quand la légende dépasse la réalité, elle continue à imprimer la légende, mais, maintenant, elle sait que c’est une légende.

Marc Gauchée.

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