[Chrono] 1961/ Quelques secondes de fesses pour des années de carré blanc


C’était en 1961, le 29 janvier, la télévision publique française diffusait un téléfilm de Maurice Cazeneuve, L’Exécution où il était question de la guerre, de la Résistance, de la collaboration et d’un règlement de compte après la Libération. Et puis il y eut cette scène : un couple est au lit, ils sont nus, la femme (Nicole Paquin) veut montrer ce que lui a donné son « Fritz », alors elle sort du lit et un plan la montre de dos, dévoilant ses fesses pendant deux secondes. Elle exhibe ensuite un sac à main, le fameux cadeau du « Fritz », un sac « pas tout à fait neuf » et ajoute même : « il m’a dit qu’il l’avait piqué à une bonne femme dans un convoi qui partait pour je ne sais pas où. Ça fait rien, ça se voit pas ! ».

lexecution

Nicole Paquin, de son vrai nom Nicole Desbiolles, née en 1940, est une comédienne qui fut aussi danseuse, peintre, écrivain, chanteuse et journaliste. En 1961, elle fut particulièrement prolixe puisqu’elle sortit deux 45 tours adaptant en français des chansons de rock américain dont Comme un clou (à partir d’Elvis Presley) et Mon mari, c’est Frankenstein (à partir de Phil Spector). Devenue journaliste en 1962, elle tint des rubriques dans CinéMonde et Âge Tendre. En 1966, elle revint à la chanson pour un ultime 45 tours : Les Minets. Contrairement à sa prestation dans L’Exécution, aucune face n’est restée à la postérité.

nicolepaquin

Mais revenons à 1961. Les réactions à la diffusion de L’Exécution ne concernèrent pas le sac volé à une déportée (!), mais la visibilité de « cette partie admirable, soyeuse et tendre, rebondie et gracieuse, et d’autant plus émouvante qu’elle est profondément fendue, du corps humain » (Jacques Serguine, Éloge de la fessée, Gallimard, 1973). Dès lors un comité de surveillance sera chargé de décider si la violence ou l’érotisme d’un film justifie d’avertir les téléspectateurs par l’apparition en bas à droite d’un petit « carré blanc » (qui devint, en 1964, un « rectangle blanc »). Et comme si ce carré blanc ne suffisait pas à doper l’audience (3,5 millions de foyers possèdent un téléviseur en 1960, soit 13,1%), la speakerine était également chargée d’avertir préalablement que le film du soir était marqué du carré blanc. Il faudra attendre 1998 pour que le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) décide d’une nouvelle signalétique commune à toutes les chaînes.

rizamer

La première diffusion avec « carré blanc » eut lieu le 19 mars 1961 et concernait Riz amer (de Giuseppe De Santis, 1949). Les poitrines opulentes et les shorts courts dans la chaleur humide des rizières justifiaient amplement d’avertir les téléspectateurs !

Joe Gillis

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Un commentaire pour [Chrono] 1961/ Quelques secondes de fesses pour des années de carré blanc

  1. quand les fesses s'affaissent dit :

    Ca montre que les choses ont évolué et qu’il ne faut pas désespérer…

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