[Chrono] 1947/ Le Bikini s’invente en France


Le 1er juillet 1946, les Américains procédait à un essai atomique dans le Pacifique sur l’atoll de Bikini. Le 5 juillet, Louis Réard qui vient d’inventer le « maillot deux pièces laissant voir le nombril » retient le nom : son maillot fera l’effet d’une bombe atomique et il s’appellera donc le « bikini » ! Première difficulté, la coupe trop suggestive oblige le créateur à recruter Michelle Bernardini, une stripteaseuse pour présenter son œuvre :

MichelineBernardini1946

C’est dire si le bikini mettra du temps avant de s’imposer. D’abord en France, dans les années 1950 où il devient peu à peu très répandu sur la Côte d’Azur grâce, notamment, à sa promotion par Brigitte Bardot. Aux États-Unis, le code Hays qui exerce une vigilance de plus en plus relâchée sur le cinéma, est submergé par la première vague de films « bikini » dont le plus emblématique est James Bond 007 contre Dr No (de Terence Young, 1962), lorsqu’Ursula Andress sort de l’eau telle la Vénus de Botticelli avec un bikini blanc qui marque le changement d’époque : le nombril devient visible !

DrNo1962

Il est possible de mesurer le chemin parcouru par les Américains en comparant ce que l’on pouvait lire dans la revue Modern Girl de 1957 : « Il est presque inutile de perdre son temps à parler de ce fameux bikini, puisqu’il est tout bonnement inconcevable qu’une fille pourvue d’une simple once de tact et de décence s’avise de porter pareille chose » avec la déclaration d’une femme au magazine Time de 1965 qui affirme qu’il est « presque ringard » de ne pas porter de bikini sur la plage ! (cités par Julia Turner, « Une brève histoire du bikini », slate.fr,  18 août 2013). Le cinéma populaire s’est donc bien vite emparé du bikini dans les années 1950-1960 comme produit d’appel, en mêlant documentaires voyeuristes, comédies de plage et exhibitions textiles minimalistes.

Bikini5060

Mais, passée la joie toute nouvelle du spectacle du bikini, le cinéma, dans les décennies suivantes, devra mobiliser d’autres ressorts. Le bikini ne se suffit plus à lui-même pour attirer le chaland, il faut l’associer à d’autres « attraits ». Ce sera les strings et les seins nus (Bikini Shop) comme dans les films du genre des « nudies » des années 1980 et 1990, ces films de « sexploitation » abusant de situations sexuelles non explicites et de nudité gratuite. Le sexy sera d’ailleurs pimenté par des lavages de voitures (Carwash) en bikini ou par des parodies de films d’horreur (Bloodbath).

Bikini809010

Quant à Bikini Girls on Ice, le film réussit à mêler la tradition du carwash en bikini dans une station service où le gérant est un serial killer qui décime, une à une, ces filles au corps de rêve ! Le réalisateur Geoff Klein a d’ailleurs continué à exploiter le filon en 2013 avec Pinup Dolls on Ice qui raconte l’histoire d’un maniaque poursuivant des filles accortes engagées pour un spectacle dans un camping isolé… Dans le cinéma érotico-beauf, le bikini permet de déshabiller les filles tout en restant dans le spectacle familial. Mais dans le cinéma d’horreur, le bikini ne sert pas à désigner la fille libre et bien dans son corps, il sert à désigner la victime des prédateurs.

Marc Gauchée

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