[Comme un écho] « La Goulve » et « Draguse » : possessions à la française (1/2)


LaGoulveDraguse

Mario Mercier n’a réalisé que deux longs métrages et tous les deux parlent de sorcellerie. La Goulve (1972) est le premier (La Papesse en 1975 sera le second). Patrice Rhomm exerça ses talents de réalisateur au service d’une dizaine de films de genre dont Helga, la louve de Stillberg (1978), Touchez pas au zizi (1978) ou encore Les Bidasses et la baiseuse (1979). Mais le film dont il sera question ici est Draguse , son film de sorcière (1975). Classé X, Draguse a bénéficié de multiples titres au fur et à mesure de ses ressorties, de ses remontages et de ses éditions en cassette VHS : Draguse ou le Manoir infernal ; Draguse ou les perversions lubriques ; Le Manoir de Draguse ; Hard-Score et enfin Commando des salopes au fouet (!).

Deux films fantastiques…

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Ces deux films ont en commun d’être difficilement accessibles. En effet, la copie disponible de La Goulve est « vinaigrée » et Draguse a été amputé de 12 minutes dans le fol espoir d’attendrir la commission de classification et éviter, en vain, le classement X. Toutefois, ces 12 minutes manquantes relèvent de détails plus insistants sur les scènes les plus « scandaleuses » et ne devraient donc pas interdire le traitement de notre sujet : les possessions à la française.

Mario Mercier a qualifié La Goulve de « Witch Cinema » ou de « cinéma sorcier » qui est, selon son auteur, « la représentation visuelle des mondes invisibles qui nous entourent » (1kult.com, 10 mai 2010). L’originalité de la démarche de Mario Mercier réside dans le fait qu’il y croit, qu’il ne fait pas du cinéma commercial, ce que l’on appelait à l’époque le « cinéma d’exploitation » : « Ce qui m’intéresse, c’est l’autre côté des choses, les mystères de l’invisible, le monde entre la réalité et le rêve, cet équilibre » (Culturopoing.com, 12 octobre 2009). Son film possède donc un aspect documenté et le générique crédite d’ailleurs Claude Deplace comme « conseiller à l’occultisme ».

La Goulve et Draguse racontent comment des créatures féminines prennent possession des êtres humains. La Goulve est « un film sur la possession, c’est un glissement vers la possession » (Culturopoing.com, op. cit.). La Goulve prend ainsi possession de l’orphelin Raymond (Hervé Hendrickx), mais aussi de toutes les autres personnes qui l’entoure : sa cousine Nadine (Anne Varèze), Agnès (Maïka Simon) et son petit ami Constant (César Torres). Et Draguse raconte comment une morte prend possession d’un vivant, David Léger (Olivier Mathot), en venant d’abord habiter ses rêves : « Encore ce satané rêve, c’est une obsession, pourtant je ne suis pas fou » dit, en off, le bientôt malheureux héros.

… Et érotiques

La Goulve date de 1972, soit avant la réglementation sur le classement X. Sur les écrans, les corps nus et les scènes d’« amour » se multipliaient alors très librement. Même si Mario Mercier a toujours affirmé qu’il ne se souciait pas de cet air du temps, il y est contraint par son producteur Bepi Fontana qui mène une politique très interventionniste jusqu’à être crédité au générique : « Réalisation Bepi Fontana en collaboration avec Mario Mercier ». En fait, l’interventionnisme de Bepi Fontana a surtout consisté à ajouter des scènes érotiques au détriment de l’histoire de possession et c’est pourquoi Mario Mercier n’a pas de mots assez dur envers lui : « Il venait là que pour gueuler, mais il n’a rien réalisé ! » (Culturopoing.com, op. cit.) et « Ce n’était pas un homme honnête » (1kult.com, op. cit.).

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Quant à Draguse, c’est une toute autre circonstance, car c’est le premier film français à être classé X : il figure en tête de la liste de l’arrêté du 9 janvier 1976 qui inaugurait la législation adoptée en fin d’année précédente. Pour Gilles Esposito, rédacteur de la notice du film dans la Dictionnaire des films français pornographiques et érotiques, 16 et 35 mm (sous la direction de Christophe Bier, Serious Publishing, 2011), Draguse est un « curieux mélange de fantastique et d’humour gaulois où, par miracle, les deux dimensions ne s’annulent pas mais se fécondent mutuellement ».  L’une des premières scènes où David fait l’amour à sa femme, Julia (Martine Fléty), tout en s’habillant parce qu’il ne veut pas être en retard au rendez-vous avec son éditeur illustre bien cet « humour gaulois » relevé par Gilles Esposito. Sinon, le sexe, dans Draguse, apparaît à travers des scénettes illustrant les récits de la (fausse) secrétaire (Monica Swinn) venue « aider » David à écrire son roman érotique. Ces scénettes sont donc toujours liées à la transgression, à la mort et au jeu sur les clichés et les fantasmes les plus éculés : l’amant de Draguse (Monica Swinn) meurt en faisant l’amour et David se voit en boucher d’une viande toute humaine ; une jeune collégienne délurée, Christine (Danièle Nègre), se brise le cou après un strip-tease devant son professeur d’anglais ; Sara (Claudine Beccarie) qui avait suivi un chef comptable modèle se retrouve attachée nue et livrée aux sévices de Fraulein Sigrid (Erika Cool) pendant que le chef comptable travesti en SS prend des photographies…

Fantastiques et érotiques, ces films reposent sur la relation particulière entre une femme surnaturelle et un homme ordinaire.

À suivre

Joe Gillis

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