[Pré-générique] « Ne nous fâchons pas » ou la caractérisation du protagoniste


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Le pré-générique de Ne nous fâchons pas (de Georges Lautner, 1966) présente, en 1 minute et 50 secondes, deux scènes qui ont pour objectif de caractériser le protagoniste : Antoine Beretto (Lino Ventura). Et le mieux, pour caractériser un personnage, est de le placer dans une situation qui va révéler sa personnalité.

La première scène serait inspirée de la vie réelle : «  Lino Ventura et son épouse se rendaient à un dîner avec Michel Audiard et sa femme, dans un petit restaurant de Saint-Germain-des-Prés. Sur le chemin, deux automobilistes se disputent une place de parking, une bagarre s’ensuit et Lino Ventura intervient. Les deux énergumènes se retournent évidemment contre Ventura, le bousculent, font tomber sa pipe, et finissent par les insulter, lui et sa femme. Arguments largement suffisants pour que Ventura se rebiffe et les corrige comme il se doit à coup de pieds aux fesses. Michel Audiard n’a pas perdu une miette de la scène et a l’idée d’en faire le point de départ d’un film en reprenant le slogan de la Sécurité Routière à l’époque, qui prône la conduite citoyenne et le calme au volant : ‘Ne nous fâchons pas’ » (Nico N., « L’origine du film Ne nous fâchons pas », lenouveaucinephile.blogspot.fr, 4 septembre 2013).

Dans le film, il s’agit une pharmacie. Trois hommes avec des pansements sont assis, un gardien de la paix (Christian Barbier) surveille à l’arrière et le commissaire (Serge Sauvion) sermone Antoine. Il déplore : « Mon pauvre ami, vous êtes la perpétuelle victime de l’esprit querelleur de vos contemporains, hein ? On vous cherche, on vous provoque, on vous persécute, une sorte de fatalité. C’est bien ça ? ». Antoine acquiesce. Mais le commissaire note quand même que c’est la troisième fois cette année, « et la dernière, j’espère », qu’Antoine est poursuivi pour coups et blessures. Antoine se défend : « À qui la faute Monsieur le Commissaire ? ». Le premier enturbanné a brûlé un stop et a embouti sa voiture puis a proféré des insultes. Antoine reconnaît : « j’ai peut-être eu tort de le tirer par la cravate à l’intérieur de ma décapotable », surtout qu’il doit admettre aussitôt : « j’avais changé de voiture et j’ai oublié qu’elle était pas décapotable ». Quant aux deux autres blessés, Antoine n’a pas supporté qu’ils le traitent de… « Brute ! ».

Après une image de transition d’un bateau à moteur sur la mer, la seconde scène de caractérisation commence.

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Cette seconde scène, juste avec la musique et sans dialogue, montre Antoine au milieu de ses employés qui s’activent. Finalement, Antoine passe devant un panneau qui confirme son métier de chef d’entreprise de plaisance à Collioure.

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La caractérisation d’Antoine est posée : c’est un homme rangé, mais un violent qui ne se contrôle pas toujours. À l’issue de ce pré-générique, le spectateur sait que le personnage d’Antoine peut avoir des gestes sans rapport avec le pacifisme de ses propos, il sait qu’il peut s’énerver, mais ne sait pas quand… Ce sera l’objet du film : jusqu’où la patience d’Antoine va être mise à l’épreuve et quand va-t-il craquer, car il va craquer. Le spectateur est comme cet amateur de cirque qui suit la tournée pour voir le dompteur se faire dévorer par les lions. L’ironie dramatique (le spectateur, à la différence d’Antoine, sait que ce dernier finira par céder à la violence) de ce pré-générique sert in fine à créer le suspense.

Marc Gauchée

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