La Fessée : de la punition au plaisir ? (1/2)


Le 26 janvier 2017, le Conseil constitutionnel a censuré l’article interdisant les violences corporelles des parents envers les enfants. Cet article avait été inscrit dans la loi dite « égalité et citoyenneté » et le Conseil justifiait sa censure parce que la disposition ne présentait « pas de lien » avec le projet de loi initial. Une censure sur la forme donc, pas sur le fond.

La punition des enfants

En attendant, les parents pourront continuer à fesser leurs enfants sans risquer les foudres du législateur. Miroslav Sekulic-Struja qui fut lauréat du concours Jeunes talents à Angoulême en 2010, a présenté une partie de son travail à la Maison des auteurs, lors de l’édition 2017 du festival international de la bande-dessinée. L’une de ses planches comporte, dans une case, la « traditionnelle » fessée administrée par une femme en rouge à un enfant. Déjà en 1926 et sur un mode particulièrement ironique et surréaliste, Max Ernst avait peint La Vierge corrigeant l’Enfant Jésus devant trois témoins : André Breton, Paul Eluard et le peintre !FesseeEnfants

Le rappel à l’ordre des femmes

Certains adultes pratiquent aussi cette fessée punitive, mais, pour eux, elle a, en outre, un caractère infantilisant et humiliant. Entre adultes, elle a cette fonction de montrer « qui commande ».

C’est ainsi qu’au lavoir, Gervaise Macquart fesse Virginie qui se moque d’elle parce qu’Auguste Lantier vient de la quitter : « Les forces décuplées, elle saisit Virginie par la taille, la plia, lui colla la figure sur les dalles, les reins en l’air ; et, malgré les secousses, elle lui releva les jupes, largement. Dessous, il y avait un pantalon. Elle passa la main dans la fente, l’arracha, montra tout, les cuisses nues, les fesses nues » (L’Assommoir, chapitre 1, 1872). Émile Zola précise ensuite que Gervaise se sert de son battoir à linge pour malmener les fesses de Virginie : « Le bois mollissait dans les chairs avec un bruit mouillé. À chaque tape, une bande rouge marbrait la peau blanche ».

Dans les années 1920, la fessée devient un véritable rappel à l’ordre. Alors que les femmes avaient gagné en autonomie en travaillant pour remplacer les hommes au front, des clichés de fessées entre femmes lesbiennes sont diffusés pour se moquer de ces femmes décidément « trop » libérées.

Le Petit journal illustré de 1928 (n°1972) raconte l’histoire d’ « une jeune et charmante employée de dix-huit ans » qui, se promenant à bicyclette dans les Ardennes, arrive au passage à niveau d’Autry et n’écoute pas les ordres de la garde-barrière, « brave femme et solide gaillarde ». La jeune employée, « avec effronterie » décide de passer quand même alors que le train arrive, mais l’intervention de la garde-barrière l’empêche d’être happée ! Cette dernière lui donne alors « une admirable fessée » après lui avoir expliqué : « Je pourrais faire un rapport et vous faire intenter un procès. Mais comme j’ai probablement l’âge de votre mère, je vais agir comme certainement elle agirait… ». La jeune employée a compris la leçon et repart « honteuse et confuse, mais tout de même reconnaissante » et en promettant « d’être plus prudente à l’avenir ». Remarquons que l’illustration de couverture ne montre pas l’acte de bravoure de la garde-barrière sauvant in extremis la jeune employée, mais la correction qu’elle lui administre !

FesseeFemmes

La fessée comme « backlash » antiféministe pour reprendre le vocabulaire de Susan Faludi (Backlash : la guerre froide contre les femmes, éditions Des Femmes, 1993), se retrouve régulièrement dans la culture populaire. Le détective le Spirit n’hésite pas à fesser une jeune femme qui lui raconte des bobards (Girls’Dorm de Will Eisner, 1er décembre 1940), car c’est un homme, un vrai et la femme ne mérite qu’une correction d’enfant !

Glissement vers le plaisir

Pourtant il existe une autre voie de la fessée, pas celle de la punition, mais celle du plaisir. Jean-Jacques Rousseau, dans Les Confessions (livre I, 1782) en avait exploré les chemins. Il avoue que les fessées reçues de Mademoiselle Lambercier avait un goût… pas si désagréable que ça : « j’avais trouvé dans la douleur, dans la honte même, un mélange de sensualité qui m’avait laissé plus de désir que de crainte de l’éprouver derechef par la même main. Il est vrai que, comme il se mêlait sans doute à cela quelque instinct précoce du sexe, le même châtiment reçu de son frère ne m’eût point du tout paru plaisant ».

Jacques Serguine, quant à lui, refuse de fesser les enfants parce que cela leur fait mal et parce que « la notion même de châtiment me fait horreur » (Éloge de la fessée, Gallimard, 1973). Entre adultes consentants, en revanche…

À suivre

Joe Gillis

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