[Comme un écho] Les yeux bleus, l’humour et l’ironie dans Les Bronzés et Frantic


L’humour des Bronzés (de Patrice Leconte, 1978) fait rire. La scène des « yeux bleus, les deux ? » amuse la galerie constitué par tous les gentils membres (GM) du Club rassemblés pour la soirée « contacts ». André Bourseault (Michel Creton), l’animateur, veut récompenser Christiane (Dominique Lavanant) l’esthéticienne de province (parce qu’à Paris « ce serait l’usine »). En effet Christiane vient de gagner un jeu d’« adresse » contre Bernard Morin (Gérard Jugnot) et Bourseault doit donc lui faire découvrir « l’homme de tes vacances ». Alors il l’interroge. Elle les aime « plutôt grands », « blonds ». Puis il demande : « les yeux, bleus ? » elle répond « oui » et il enchaîne « Les deux ? », elle confirme. L’humour est féroce contre cette femme maladroite et coincée, si visiblement à la recherche d’une âme sœur.

LesBronzesFrantic

La même blague se retrouve dans Frantic (de Roman Polanski, 1988), ce coup-ci, sans humour mais avec beaucoup d’ironie. Le Docteur Richard Walker (Harrison Ford) est venu avec sa femme à Paris pour assister à un colloque, or sa femme est enlevée.  Richard va signaler sa disparition à la police qui semble incrédule, car elle croit plutôt à une escapade adultérine, si bien que Richard décide de s’adresser à l’ambassade américaine. Là, le responsable des services généraux lui fait remplir un formulaire… Mais c’est le même formulaire qu’il vient juste de remplir au commissariat de police. Si bien que, quand le responsable lui demande la couleur des yeux de sa femme, Richard répète « bleus », mais il ajoute « tous les deux ». L’ironie naît de la disqualification du discours de l’interlocuteur, elle marque l’écart entre ce qui est dit et ce qui est véritablement pensé, elle est faite de décalage. Elle naît aussi d’une autre ironie, l’ironie dramatique qui fait que le spectateur connaît déjà le formulaire (il vient de subir la même scène dans le commissariat) et anticipe donc le sentiment de son inutilité ressenti par Richard.

Quel est l’épilogue de ces scènes ? Pour Christiane, l’animateur Bobo (Luis Rego) finit par lui désigner Jérôme (Christian Clavier) qui n’est ni grand, ni blond et n’a pas les yeux bleus. Elle ouvre le bal avec Jérôme avant de se faire planter au milieu de la piste. Pour Richard, la répétition du même formulaire est synonyme d’impuissance et l’amène donc à penser qu’il ne peut compter que sur ses propres moyens pour espérer retrouver sa femme. Que ce soit par l’humour ou par l’ironie, ni Christiane, ni Richard n’obtiennent satisfaction. Les yeux, les deux, sont certes bleus, mais nos protagonistes, les deux, se retrouvent marron.

Marc Gauchée

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