« La Robe de Marilyn », l’enquête continue (5)


Depuis la parution de mon essai, La Robe de Marilyn, enquête sur une envolée mythique (François Bourin, 2014), le mythe de la robe soulevée par le vent, inspirée de la célèbre scène de Sept ans de réflexion (de Billy Wilder, 1955), poursuit sa vie…

FestivalCannes2004

On rejoue la scène des grands ?

Dans le portrait télévisé Norma Jean dite Marilyn Monroe (de Marcia Lemer et André Romus, Paris Première, 1987), Catherine Deneuve affirmait que Monroe parle avec une « voix de petite fille ». La star française confesse « un amour irrationnel pour Marilyn, parce qu’elle représente à la fois la féminité et l’enfance » et en conclut qu’elle fut une « petite fille, ni comprise, ni aimée » (citée par Alain Woodrow, « La femme-enfant », Le Monde supplément Radio-télévision, 13-14 septembre 1987). L’affiche du festival de Cannes 2004 ne fait pas autre chose que mettre en scène ce lien entre la star et l’enfance en reproduisant l’ombre d’une Marilyn-métro projetée derrière une petite fille.

L’innocence des petites filles

L’érotisme joyeux de Marilyn Monroe s’amusant, en surface, du souffle provoqué par le métro souterrain est en effet lié au hasard banal de la vie quotidienne : un métro passe et la robe s’envole, ce n’est pas de « sa faute ». La star est comme ces petites filles qui s’amusent des souffles urbains et s’affranchissent des consignes de soins vestimentaires et de tenue impeccable dispensée par les parents.

EnfantsMarilyns

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L’éducation des jeunes filles

Mais l’innocence de ces jeunes filles est bientôt contredite lorsque l’éducation prend le pas et qu’elles apprennent qu’elles ont certes une robe, mais qu’elles doivent avant tout veiller à ne rien montrer ! Le vêtement ne les libère pas, il les maintient, au contraire, dans une attention de tous les instants. C’est ce qu’expliquait déjà Denis Diderot, dans son essai Sur les femmes (1772) : « La seule chose qu’on leur ait apprise, c’est à bien porter la feuille de figuier qu’elles ont reçue de leur première aïeule. Tout ce qu’on leur a dit et répété dix-huit à dix-neuf ans de suite se réduit à ceci : Ma fille, prenez garde à votre feuille de figuier ; votre feuille de figuier va bien, votre feuille de figuier va mal ». Dès lors, les petites filles « bien éduquées » ne peuvent que déplorer ce vent qui soulève leur robe :

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Et les petites filles trop grandes qui jouent encore avec le vent dans leur robe sont forcément des « mal éduquées ». Pas étonnant que le photomontage d’André Stas s’intitule La Petite voleuse (s.d.), celle qui dissimule sous sa robe flottante tout ce qu’elle a évidemment dérobé.

AndréStas

Le regard des garçons

Mais l’éducation des filles impliquent le risque d’être vues. Autrement dit, la pudeur des filles renvoie au voyeurisme des garçons. S’il y a quelque chose à voir, il faut qu’il y ait un regard qui traîne et les auteurs de cartes postales comme de bandes dessinées ne manquent pas de représenter ces garçons qui zieutent !

EnfantsGarcons

L’album Titeuf et le derrière des choses (par Zep, Glénat, 1996) puis l’album du Petit Spirou Tu ne seras jamais grand ! (par Tome et Janry, Dupuis, 2003) mettent en scène des petits garçons voyeurs et intéressés par le dessous des jupes des femmes. Notons, au passage, que notre société n’accepte plus les hommes adultes qui regardent les petites culottes des jeunes filles, car toute complaisance envers la pédophilie est heureusement désormais condamné comme en témoigne la récente révélation des viols commis par David Hamilton… dont, pourtant, les photographies en « flou artistique » de petites filles ornaient les murs de beaucoup d’appartement du début des années 1980. En revanche, notre société est beaucoup moins sévère avec ces petits garçons de fiction, Titeuf comme le petit Spirou, qui regardent sous les jupes des grandes !

La sexualisation par le Japon

Il faut donc quitter l’esthétique occidental pour trouver encore des représentations du voyeurisme sous des jupes infantiles. Au Japon, ce type de voyeurisme se nomme « Panchira » et peut aller jusqu’au fétichisme qui fait commerce de la culotte portée de lycéennes, le « Burusera » ! Les dessinateurs qu’ils soient japonais ou occidentaux, endossent donc l’esthétique nippon -indispensable prétexte- pour faire s’envoler les robes de ces filles, de type européen, et qui semblent toutes bien adolescentes.

EnfantsJaponaises

La scène du métro permet ainsi la sexualisation des jeunes filles sous couvert d’« innocence » et de culture orientale. C’est d’ailleurs ce qu’ont bien compris des auteures de mangas qui n’hésitent pas à se moquer de cette sexualisation bien de chez elles et jouent avec leurs codes culturels.

MarilynManga

Ainsi dans Full Metal Alchemist (2001-2010), Hiromu Arakawa a réalisé une couverture (tome 11, éditions Kurokawa, 2007) représentant les deux frères apprentis alchimistes : Alphonse dont l’âme est enfermé dans une armure suite à une opération d’alchimie ratée, joue à Marilyn-métro devant son frère Edward qui commente, ironique, « Ouais… super sexy ».

Mais c’est Natsumi Aida qui va encore plus loin dans Switch Girl (2006-2014). Le tome 13 (éditions Delcourt, 2011) commence par une petite histoire où l’avatar de l’auteure demande à chacun de ses personnages principaux quel est leur vœu. Masamune, lycéen, demande à coucher avec Nino, autre lycéenne, mais comme l’auteure refuse de dessiner cette scène, Masamune dit : « Puisque c’est comme ça, je veux au moins voir sa culotte ! », ce que l’auteure exécute d’un coup de vent. L’histoire du tome 13 est, comme la série, tout autant irrévérencieuse, il suffit de lire la quatrième de couverture : « Nika [l’héroïne] a pété en public ?! Pour acheter le silence des lycéennes d’Osaka qui s’en sont aperçues, elle n’a pas d’autre choix que d’accepter ces dernières en tant que guides touristiques. Problème : Tsukiko, l’une d’entre elles, a des vues sur Arata » [le petit ami de Nika].

MarilynPets

Notons que ledit pet ne fait qu’à peine soulever la jupe de la lycéenne et, surtout, permet de conclure en revenant à Marilyn dans Sept ans de réflexion. En effet, la firme Actal avait publié une réclame aux États-Unis pour vanter les mérites de son anti-flatulent avec une sosie de Marilyn Monroe, robe enfin au repos. « No Wind » était-il précisé. Tout un voyage, de l’innocence à la délicatesse.

Marc Gauchée

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