La Trilogie tropézienne de Max Pécas : voyages dénudés au pays du navet… mais de tradition gauloise (1/9)


AffichesTrilogie

De 1972 à 1990, Francis Ford Coppola a réalisé sa trilogie du Parrain. De 1983 à 1987, soit en presque cinq fois moins de temps, Max Pécas (1925-2003) a commis sa trilogie tropézienne : Les Branchés à Saint-Tropez (1983), Deux enfoirés à Saint-Tropez (1986) et On se calme et on boit frais à Saint-Tropez (1987).  Avec cette trilogie, Max Pécas entame la dernière période de son œuvre cinématographique, étant précédemment passé du policier à l’érotique, puis au porno pour enfin achever son parcours avec la comédie paillarde. Mais autant le dire tout de suite, à part l’aspect trilogie, il est impossible de trouver un autre point commun entre les œuvres du réalisateur américain et celles du réalisateur français. Symphonie ou opéra cinématographique ciselé d’un côté, fanfare de grosses caisses de l’autre. Conflits personnels déchirants d’un côté, intrigues expédiées à la va comme je te pousse de l’autre. Actrices et acteurs accomplis d’un côté, actrices dénudées et acteurs poussifs de l’autre… Avec cette trilogie tropézienne, nous avons bien affaire à trois authentiques « navets ».

Oui, des « navets », parfaitement ! Et non pas des « nanars ». La précision mérite qu’on s’y attarde. Il suffit d’aller sur nanarland.com, « le site des mauvais films sympathiques », pour comprendre la subtile mais réelle différence entre un « navet » et un « nanar » et classer la trilogie tropézienne dans la première catégorie : « Le terme nanar est employé par certains cinéphiles pour désigner des films particulièrement mauvais qu’on se pique de regarder ou d’aller voir pour les railler et/ou en tirer au second degré un plaisir plus ou moins coupable. Soit, selon la définition d’un amateur, un navet tellement navet que ça en devient un dessert ». Dès lors, « une distinction s’est établie par rapport à l’expression navet, qui tend à désigner une œuvre ennuyeuse (en référence au goût fade du légume du même nom) et, par là-même, dénuée d’intérêt, même au second degré (…). Si l’on considère que le terme navet désigne toute espèce de mauvais film, on peut pousser un peu plus loin la nuance, en estimant que les nanars sont des navets, mais drôles ». Et puis Max Pécas, lui-même, reconnaissait avec une certaine ironie : « On m’appelle le roi du navet. Tout le monde n’est pas roi. Je fais partie de la noblesse » (Max Pécas, le roi du navet, documentaire de Michel Guillerm, 2013, L’Harmattan).

Alors pourquoi prendre le temps, non seulement de regarder cette trilogie tropézienne, mais encore de tenter de l’analyser ?  Parce que, même dans le navet, tout n’est pas à jeter. Parce que Max Pécas, réalisateur d’une trentaine de films entre 1959 et 1987 –On se calme et on boit frais à Saint-Tropez est son dernier- et spécialiste de l’érotisme soft -sérieux avant la pornographie et comique après- est un phénomène à la multidiffusion télévisuelle. Malgré le manque de qualités de ses scénarios, il bénéficie toujours de beaucoup d’indulgence. Par exemple quand son cinéma est décrit comme au « ras du slip » (José Évrard, dvdcritiques.com), c’est pour le résumer à « l’exaltation du français bidouilleur, débrouillard et porté sur les seins nus, gros de préférence. C’est l’exaltation de la fainéantise, du gag lourd et redondant » et finit donc par reconnaître que « Max Pécas est au cinéma ce que William Saurin est à la cuisine, vite ouvert, vite réchauffé et somme toute ça en fait un repas convenable et rapide. Mais jamais on ne le servirait aux amis et encore moins on se vanterait d’en faire notre ordinaire ». Sympathique et utile donc. Et quand le film La Fille du 14 juillet (d’Antonin Peretjatko, 2013) est situé « quelque part entre Max Pécas et Jacques Rozier » (Romain Le Vern, 3 juin 2013, lci.tf1.fr), c’est pour rappeler que le cinéma de Max Pécas célèbre « l’absurde, la glande, l’hédonisme et l’humour ». D’autres reconnaissent que le cinéma de Max Pécas, parce qu’il rencontre un certain succès, est « une soupe conviviale, à la bonne franquette, dans laquelle, en fin de compte, il peut y avoir de la daube, mais pas de navets ! » (Baptiste Ligier, « Max Pécas, Max attacks ! », 30 décembre 1998, lesinrocks.com). Autant de bienveillance méritait donc d’aller voir cela de plus près.

Que raconte cette trilogie tropézienne ? En fait ce sont des films qui s’inscrivent dans la continuité de deux types de succès : les teen-movies avec Lâche-moi les baskets (de Joseph Ruben, 1976, d’ailleurs, en 1977, Max Pécas a réalisé : Marche pas sur mes lacets) et les films de vacances avec Les Bronzés (de Patrice Leconte, 1978).

Dans Les Branchés à Saint-Tropez, deux jeunes couples d’amis, Antoine (Yves Thuillier) et Charlotte (Alexandra Lorska) d’un côté et Christian (Xavier Deluc) et Laura (Olivia Dutron) de l’autre, partent en vacances à Saint-Tropez. Ils profitent de la villa d’un copain dont le père, Jerry (Michel Vocoret), se révèle être un faux-monnayeur. S’ensuit des quiproquos amoureux, des trahisons et des réconciliations, les deux couples finissent par toucher une récompense de la Banque de France même si, à l’issue d’une poursuite,  les faux-monnayeurs échappent à la police en passant en Italie (L’Italie n’a adhéré à l’espace Schengen qu’en 1990 !).

Dans Deux enfoirés à Saint-Tropez, Julius (Philippe Caroit) emmène son ami Paul (Jean-Michel Noirey) qui sort de prison, à Saint-Tropez. En chemin, ils embarquent Évelyne (Caroline Tresca), une auto-stoppeuse et Julius tombe amoureux d’elle. À Saint-Tropez, Paul retrouve son ex, Milka (Lillemour Jonsson), maquée avec un marchand d’art parvenu, Saedi (Claude Bruna). S’ensuit des quiproquos amoureux, des trahisons, des réconciliations, une histoire de trafic de statues pré-colombiennes et, finalement, le départ des deux couples sans le sou, mais amoureux.

Dans On se calme et on boit frais à Saint-Tropez, Juliette (Leila Fréchet), étudiante, abandonne sa préparation des examens de septembre à Pornichet pour un séjour à Saint-Tropez. D’autant plus que Renaud (Éric Reynaud-Fourton), son petit copain, est là-bas où il drague tout ce qui passe avec Patrice (Luq Hamet), son ami animateur de radio. S’ensuit des quiproquos amoureux, des trahisons, des réconciliations, une histoire d’infidélité du père (Philippe Baronnet) de Juliette et pleins de micro-péripéties initiées par la jeune fille et ses amis pour réconcilier ses parents.

Marc Gauchée

À suivre

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6 commentaires pour La Trilogie tropézienne de Max Pécas : voyages dénudés au pays du navet… mais de tradition gauloise (1/9)

  1. Marc Germanangue dit :

    Excellent ! A poil au bon moment puisque ça chauffe dans le Var. Et vous admirerez comme moi la précision des détails : jusqu’à la date d’entrée de l’Italie dans l’espace Schengen…

  2. JPB dit :

    Rares sont les analyses intelligentes de la culture populaire. En voilà une belle. On attend la suite.
    Recherche à faire financer par la lzitue de saint tropless…

    • Marc Gauchée dit :

      Ah Saint-Tropless! Mais quelle clairvoyance pecassophilique! Car dans un futur épisode je reviens sur les jeux de mots lamentables (de salon) de Pécas et les échos que l’on retrouve dans nos cartes postales estivales… à suivre donc

  3. JPB dit :

    La mairie est devenue illisible
    Désolé

    • Marc Gauchée dit :

      La ville de Saint-Tropez (ST) a été le centre d’un intérêt cinématographique exceptionnel: la trilogie de Max Pécas, mais il faudrait aussi citer la série des gendarmes ou « Le facteur de ST » etc etc plus récemment « L’Année des méduses » et « Les Randoneurs à ST ». Et, bien sûr les versions soft: « Un été à ST » et hard: « Dans la chaleur de ST »… qui veut s’y coller pour un bel et long article cinéphilique, géographique et historique? Une sorte d’étude d’image de cette ville à travers le cinéma? Non?

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