L’Humour lamentable (de ping-pong) de Max Pécas. L’exemple par la trilogie tropézienne (2/9)


Si un « navet » et un « nanar » essaient de manier l’humour, le « navet » n’y parvient jamais, même au second degré. C’est là une distinction essentielle entre le « navet » et le « nanar ». « Le secret de la bonne comédie nanarde tient précisément du degré d’inefficacité de ses gags et de leur caractère énorme, qui provoque le rire non plus au premier, mais au second degré (ou alors également au premier, à force d’user le cerveau du spectateur) » (nanarland.com).

L’humour des cartes postales à papa

Or la trilogie tropézienne de Max Pécas –Les Branchés à Saint-Tropez [1], Deux enfoirés à Saint-Tropez [2] et On se calme et on boit frais à Saint-Tropez [3]- a bien du mal à « provoquer le rire » quel qu’en soit le degré parce qu’elle fait essentiellement appel à un humour de cartes postales d’été. Vous savez, ces cartes qui mélangent jeux de mots qu’on dirait extrait de l’Almanach Vermot publié depuis la fin du XIXe siècle (« Comment vas-tu… yau de poêle ? »), mais avec une connotation toujours sexuelle et des visuels déshabillés. C’est ce que Manu Boisteau recense dans son ouvrage Chers tous. Trésors oubliés de la carte postale à papa (éditions Cornelius, 2009). Et les cartes qui vantent « Seins »-Tropez (ah, ah, ah) existent !

SeinsTropez

L’écho de ces cartes dans le style pécasien est facile à voir : quand deux filles passent avec leur planche, Christian appelle l’attention de son copain : « Pas mal les planches, hein ? » et Antoine ajoute subtilement en matant leurs seins : « Vachement gondolées, comme je les aime » [1]… rappelant la carte postale montrant une femme nue dans la mer qui « n’est pas si plate que ça ! ».

PlateGondolees

Quand une jolie marchande en maillot et t-shirt se baisse pour arranger sa vitrine, Antoine s’arrête aussitôt pour la mater avec son copain. Christian la trouve « plus passionnante qu’un camion » et Antoine ajoute : « En parlant de camion, j’aimerais bien lui voir le moteur ». Ce court échange n’est là que pour servir l’artifice du jeu de mot poussif d’Antoine, car Christian n’a aucune raison de parler de camion, sauf s’il sert à amener la réplique sur le « moteur » ! [1]… rappelant ces cartes postales où des filles court vêtues se penchent pour le plaisir des yeux des mâles présents.

MoteurDeconcentre

Les personnages comme les comédiens savent qu’ils font de l’humour, ils le disent, ils le répètent, ils le soulignent. Ainsi, quand les deux couples se retrouvent au commissariat avec les faux-monnayeurs, Antoine commente : « Avec vos histoires de cul, c’est normal qu’on soit dans la merde » et Laura ne peut s’empêcher d’insister, comme si le spectateur n’avait pas saisi la métaphore anale : « Quelle élégance ! » [1].

Aucun des films de la trilogie n’échappe à cet humour « hénaurme ». Patrice évoque ainsi la mère de Juliette que Renaud n’a pas encore vue : « Pas vue pas prise, enfin pas encore, je te fais confiance » [3]… C’est le même registre que celui de ces cartes de la deuxième moitié du XXe siècle mêlant femme nue et parodie du slogan du Loto.

GrattageTirage

Max Pécas s’inscrit dans une tradition encore plus ancienne, celle des gravures françaises que John Grand-Carteret recense dans son ouvrage Le Décolleté et le Retroussé, quatre siècles de gauloiserie, 1500-1870 (1910), des gravures des XVIIIe et XIXe siècles jouent ainsi sur le rapport entre ce qu’elles montrent, leur légende et ce que le lecteur comprend. Dans ce monde paillard, la loterie permettait déjà de tirer le « gros lot » ; la « prise » du pêcheur est autant féminine qu’aquatique ; les abricots de la marchande sont les fruits qu’elle vend autant que les appâts qu’elle affiche ; dans le logement pour garçon « propre et fraîchement décoré, on peut entrer en jouissance tout de suite » et la maîtresse de maison décline les services d’un jeune ramoneur parce que « nous avons nos ramoneurs attitrés ».

GrandCarteret

Marc Gauchée

À suivre

 

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