[Crise de comm] La loi politique des séries


TheWire

Les séries, celles que l’on regarde, celles que l’on préfère, peuvent-elles être les reflets fidèles d’un destin politique ? Selon le précepte simple : dis-moi ce que tu regardes, je te dirai qui tu es. En avril 2017, Patrick Cabannes (tvmag.lefigaro.fr) avait posé plusieurs questions à certains candidats à l’élection présidentielle, dont celle-ci : « Êtes-vous ‘accro’ aux séries ? Lesquelles regardez-vous ? ». Avec suffisamment de recul (plusieurs semaines après le second tour des élections présidentielle et législatives), de compétence capillo-tracteuse et de mauvaise foi, il est instructif de passer en revue les réponses de ces candidats à la lumière -ou à l’ombre- de ce que fut leur destin.

Commençons par Benoît Hamon. Il répond : « Dernièrement, j’ai beaucoup aimé The Young Pope pour l’esthétique de la série, mais aussi parce qu’elle pose des questions qui ne sont pas posées habituellement. Elle est très forte sans être pour autant outrancière » (7 avril 2017). Les « questions qui ne sont pas posées habituellement », ce sont les débats que le candidat socialiste a ouvert comme le revenu universel ou la taxation des robots. Et le positionnement de la série « très forte sans être pour autant outrancière » fait directement allusion au positionnement du vainqueur de l’élection primaire de gauche face au radicalisme de Jean-Luc Mélenchon. Manque de bol, entre le centre largement macronisé et les « frexiteurs », les électeurs n’ont accordé que 6,36% à Benoît Hamon.

Jean-Luc Mélenchon prouve, par sa réponse, qu’il n’a jamais ouvert sa télévision. Il se contente donc d’un anti-américanisme d’un autre siècle : « Je suis incapable de regarder une série policière américaine : elles se ressemblent toutes ! Les séries françaises sont plus subtiles, plus complexes aussi » et « En général, ce sont les séries françaises qui m’attirent. Elles sont de bonne qualité. L’intrigue, la réalisation, les comédiens… Il y a un style français, une originalité et une qualité qu’il faut encourager à travers le financement des projets et de la création » (7 avril 2017). Préférer Navarro (de Pierre Grimblat et Tito Topin de 1987 à 2007) ou Julie Lescaut (d’Alexis Lecaye, de 1992 à 2014) à The Wire (de David Simon et Ed Burns, de 2002 à 2008) et même aux premières saisons de Castle (d’Andrew W. Marlowe, de 2009 à 2016), est-ce vraiment crédible ? Sauf à ne connaître de l’Amérique que les poussifs Chips (de Rick Rosner, de 1977 à 1983) ou le jeu exaspérant de lunettes des Experts : Miami (d’Ann Donahue, Anthony E. Zuiker et Carol Mendelsohn, de 2002 à 2012) !

François Fillon, lui, n’a pas ouvert sa télévision depuis bien longtemps, il répond : « Ma série préférée reste 24 heures chrono. Une série qui a inventé un style » (6 avril 2017). Et c’est vrai que François Fillon, comme la série, a « inventé un style » : du sang, des larmes, des sourcils, des costumes et des affaires. À moins que l’empathie pour le héros américain, Jack Bauer (Kiefer Sutherland), ne provienne d’une grande compréhension de la notion de compte à rebours et de temps limité. Comme Jack Bauer, François Fillon n’a disposé que d’une fenêtre de tir réduite, entre son triomphe à l’élection primaire de la droite, le 27 novembre 2016, et la sortie du Canard enchaîné révélant l’emploi fictif de son épouse, le 25 janvier 2017. Mais il faut tout de même remarquer que cela fait bien plus que 24 heures.

La réponse de Marine Le Pen est plus contemporaine : « J’aime beaucoup House of Cards qui est une série bien ficelée et très intéressante » (6 avril 2017). Bien sûr, elle aurait pu choisir West Wing (d’Aaron Sorkin, de 1999 à 2006), série où un président essaie de conjuguer idéal et réalisme, mais elle a préféré House of Cards où un président conjugue cynisme et conflit intérêt. Ou alors, elle a choisi la série créée par Beau Willimon pour le destin hors du commun des époux Underwood se soutenant mutuellement et menant leur carrière en duo. Alors, Marine Le Pen et Louis Alliot, version française du couple Claire et Frank Underwood ?

Enfin, Emmanuel Macron confie pour toute réponse : « J’avoue que je ne suis pas très accro aux séries » (6 avril 2017). Peut-être parce qu’il craint de ne pas dépasser la saison 1 ? D’en dire trop sur lui ? Peut-être veut-il éviter de donner une réponse trop visiblement dictée par une conseillère en communication ? Ou d’ouvrir la boîte à interprétation comme s’y amuse l’auteur de ces lignes ? N’empêche, son « pas très accro » révèle son tropisme centriste là où il ne faut jamais être « trop ». Toujours dans la mesure donc. Du moins dans l’expression. Car, sur le fond, il s’affirme comme celui qui ne se prête pas à l’exercice comme il a refusé de participer aux élections primaires. Il réussit ainsi à se démarquer… en paraissant lisse. Faut-il que les autres soient creux pour que ça « marche ».

Marc Gauchée

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