L’Humour lamentable (de ping-pong) de Max Pécas. L’exemple par la trilogie tropézienne (3/9)


Dans sa trilogie tropézienne –Les Branchés à Saint-Tropez [1], Deux enfoirés à Saint-Tropez [2] et On se calme et on boit frais à Saint-Tropez [3]-, Max Pécas ne se contente pas de recycler l’humour des cartes postales de papa à base de jeux de mots graveleux prétextes à autant d’exhibitions de corps féminins, il recycle aussi tout azimut…

Les recyclages poussifs

Les quelques citations inspirées d’autres auteurs sont largement insuffisantes pour combattre l’impression d’« hénaurmité » de l’humour. Certes, quand Saedi, le parvenu à l’accent -forcément- pied-noir, cherche Monsieur Moretti (Jean Vinci) pour parler affaires, Paul demande : « Ah vous venez pour le maître ? » et Franky (Daniel Mitrecey) répond aussitôt : « Non, il vient pour le voir » [2]. Cette dernière réplique est habituellement attribuée à un visiteur de Jean Cocteau à qui le domestique aurait également demandé : « Vous venez pour le Maître ? », le visiteur répliquant « Non, non, je viens seulement pour le voir… ».

Un autre recyclage est sans doute plus « capillotracté ». Il s’agit de la scène finale de Certains l’aiment chaud (de Billy Wilder, 1959) : Jerry (Jack Lemmon), déguisé en femme, essaie de convaincre le millionnaire Osgood Fielding III (Joe E. Brown) qu’ils ne peuvent pas se marier. Le dialogue est le suivant :

Jerry : « Et bien, pour commencer, je ne suis pas une vraie blonde ! »
Osgood : « Pas d’importance ! »
Jerry : « Je fume. Je fume comme un sapeur »
Osgood : « Ça m’est égal »
Jerry : « Mon passé n’est pas bon. Je vis depuis trois ans au moins avec un joueur de saxophone »
Osgood : « Je vous pardonne ».
Jerry : « Hélas, je ne peux pas avoir d’enfants »
Osgood : « Nous en adopterons »
Jerry : « Vous ne comprenez pas, Osgood, je suis un homme ! »
Et Osgood de conclure : « Personne n’est parfait ! ».

CertainsOnSeCalme

Chez Max Pécas, une  scène s’en inspire et se déroule entre Patrice, déguisée en soubrette, et Charles (Marcel Philippot), le mari d’un couple de joggers venu visiter la villa à vendre. Restés seuls, le mari plaque Patrice dans la salle de bain. L’échange est le suivant :

Patrice : « Mais enfin laissez moi monsieur, Ah vous n’êtes pas raisonnable et puis on n’a pas été présentés ! »
Charles : « Appelle moi Charles, dis tu le sens, hein ? Tu le sens ton désir qui nous submerge ? »
Patrice : « Non, pas vraiment ! Ah ! On se calme et on prend son bromure ! »
Charles : « Écoute, écoute, j’t’offrirai tout ce que tu voudras, tiens, cet appartement si tu veux, nous y abriterons notre amour, rien que toi et moi ! »
Patrice : « Mais enfin je ne suis pas une femme ! »
Charles : « Je m’en fous ! Je m’en fous ! Je t’emmènerai au Brésil et on t’opérera ! »
Patrice : « C’est pas possible, je ne supporte pas l’avion ! »
Et Charles de conclure : « Ça fait rien, on ira en pédalo ! » [3].

Chez Max Pécas, la scène n’est pas drôle notamment parce qu’elle n’a pas une once de crédibilité. Il a fallu moins de 5 minutes pour rendre fou un homme, quand Billy Wilder a construit la relation entre Jerry et Osgood pendant presque toute une moitié de film. De plus Billy Wilder joue de l’effet miroir avec l’autre relation, celle entre Joe (Tony Curtis) et Sugar (Marilyn Monroe) où, là aussi, Joe a menti. La folie finale est donc la conséquence d’un crescendo savamment amené, pas un mauvais sketch de mauvais cabaret aussi incongru qu’inutile, posé là sans autre justification que de faire rire d’une scène avec un homme travesti. Et c’est aussi la différence entre un scénario et une succession de sketches.

Enfin, dernier recyclage, moins prestigieux que les deux précédents : Norbert (Sylvain Green), le macho vulgaire qui, pendant tout le film, s’est vanté d’être accompagné de deux belles « Finlandaises » ne sachant dire que « Tak, tak », se retrouve à la fin avec ces deux « Finlandaises » parlant parfaitement le français et exigeant de multiples attentions de sa part. Abattu et éteint, il ne sait que répondre,: « Tak, tak ». Il se retrouve alors bien puni, prostré, comme François (Jean-Luc Bideau), le phallocrate dans Et la tendresse ? Bordel ! (de Patrick Schulmann. 1979) qui, tout au long du film ne pense qu’à multiplier les aventures en se « tapant » tout ce qui passe et, émasculé, finit par déclarer : « J’me taperai bien une camomille, ça doit pas être dégueulasse un bol de camomille », ce qui en pécasien signifie : « Tak, tak ».

Des jeux de mots désamorcés

Il arrive tout de même que la trilogie tropézienne frôle le nanar avec des jeux de mots qui ressemblent à des mots d’auteur. Quand Julius explique à son copain Paul sortant de prison qu’il l’emmène à Saint-Tropez : « T’as besoin de filles, mon vieux, d’oxygène, de soleil », Paul qui a fait de la prison à cause d’un plan foireux de Julius, a ce bon mot : « La dernière fois que tu m’as parlé de soleil, j’ai fini à l’ombre » [2]. Quand, au début du film, Juliette fait les courses avec sa mère en regrettant que « La Bretagne, en ce moment, c’est pas vraiment les Seychelles », sa mère (Noëlle Noblecourt) lui rétorque : « Oui ! Et tes résultats scolaires, c’est pas le Pérou ! » [3].

Mais ces traits d’esprit sont rares chez Max Pécas et ils sont le plus souvent complètement désamorcés soit par la mauvaise qualité de l’interprétation, soit parce qu’ils sont soulignés dans les dialogues par d’« hénaurmes » clins d’œil, soit, enfin, parce qu’ils sont tout simplement catastrophiques ! Par exemple, en boîte de nuit, Paul demande les toilettes à un client qui lui répond : « De l’autre côté », Paul lui redemande en s’adressant à l’autre oreille, puis part en souriant, fier de sa blague [2]. Chaque blague est ainsi expliquée pesamment pour être sûr que personne ne la rate : sur la plage, Julius demande à Paul comment il trouve la mère. Paul répond sur la mer : « Calme », ce qui oblige Julius à préciser qu’il faisait allusion à la mère d’une élève de Paul bombardé maître-nageur [2].

Au rayon des jeux de mots catastrophiques, citons Paul qui décroche le téléphone avec un « À l’huile ? » au lieu d’un « Allô ? » [2]. L’important n’est finalement pas la qualité de ces jeux de mots, mais leur quantité, leur accumulation. La scène entre Évelyne et sa tantine est un florilège où, malheureusement, les dialogues sont rendus inefficaces par l’absence de conviction des actrices : Évelyne apporte un verre pétillant à sa tantine qui demande : « Champagne ? », elle répond « Alka-Selzer », et quand la ligne de pêche frétille, Évelyne crie : « Tantine, tantine, t’as une touche ! » et la vieille femme de rétorquer : « Ah oui, avec qui ? » [2]. On se demande, en effet, avec qui.

Marc Gauchée

À suivre

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