[Chrono] 1940/ Comment s’invente la « pop culture »


GreenGeant

D’après Richard O’Brien (The Golden Age of Comic Books, 1937-1945, Ballantine Books, 1977), le Comic le plus rare daterait de 1940 et serait Le Géant vert (Green Giant). Il ne s’agit pourtant pas du premier Comic. Car, selon Nicolas Meylaender, auteur et traducteur, « le nom de comics vient du fait que les toutes premières bandes dessinées américaines étaient humoristiques, et l’apanage au départ des journaux qui publiaient des comic strips quotidiens de 3 à 6 cases -les daily- en semaine et des pages de 4 à 6 strips dans leurs éditions dominicales -les sunday pages. Dans les années 1930, des éditeurs ont eu l’idée de regrouper plusieurs dailies et sundays déjà publiés dans la presse et de les revendre sous forme de magazines indépendants, généralement de 64 pages, puis très vite, en arrivant au bout du stock de matériel existant, ils se sont rendus compte qu’il leur fallait créer du matériel original » (entretien dans « Bons baisers de la pop culture », Panorama des idées, n°4, Lemieux éditeur, juin 2015).

Le géant de 1940 est qualifié de vert du fait de la couleur de ses vêtements, à la différence de Hulk créé par Stan Lee au début des années 1960. Même si, à l’origine, Hulk n’était pas vert, mais gris. Il est devenu vert parce que l’imprimerie où il était édité n’arrivait pas à stabiliser la couleur grise !

Le géant est donc « vert » à cause de sa combinaison, mais, selon George Kapitan, son scénariste, il a été « inspiré par une visite dans une épicerie ». En effet, c’est dans une telle échoppe américaine qu’on pouvait trouver depuis 1928 des boîtes de petits pois plus grands que la moyenne de la Minnesota Valley Canning Company qui devient, en 1950, la Green Giant Company. Et, à l’origine, ce géant vert n’était ni géant, ni vert puisque ces deux qualificatif s’appliquaient aux petits pois !

GreenGiant

En 1930, la peau blanche est devenue verte et, en 1945, le musclé est devenu un vrai géant. Mais il est intéressant d’observer comment s’est construit la « pop culture », en l’occurrence à partir d’une boîte de petits pois. Et cela se passe en 1940, c’est à dire bien avant Richard Hamilton et son collage de 1956,  Qu’est-ce qui rend les intérieurs d’aujourd’hui si différents, si attrayants ? avec un couple dont l’homme tient une sucette géante, sur l’emballage duquel est écrit « pop ». Ou encore bien avant les séries d’Andy Warhol, les 32 boîtes de soupe Campbell de 1962.

Recycler, réinterpréter, ré-enchanter les objets du quotidien, s’inspirer de ce qui nous entoure sans chercher à en dissimuler ou à en renier les sources. La pop culture s’est inventée dans les États-Unis de l’ère industrielle et elle n’a pas fini d’en détourner les productions.

Marc Gauchée

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