L’Humour lamentable (de ping-pong) de Max Pécas. L’exemple par la trilogie tropézienne (4/9)


Le Max Pécas de la trilogie tropézienneLes Branchés à Saint-Tropez [1], Deux enfoirés à Saint-Tropez [2] et On se calme et on boit frais à Saint-Tropez [3]- fait avant tout figure de roi-fainéant…

Des clichés à la pelle

Ses dialogues rigolards font appel à tout un ensemble de clichés qui ne sont là que pour éviter de développer des conflits. En outre, ils réduisent les personnages, comme les lieux, à des caricatures où toute empathie est impossible.

Le premier cliché est géographique, il s’agit bien sûr de Saint-Tropez qui symbolise le soleil, les vacances et les aventures sexuelles. C’est ce qui allume immédiatement le regard jusqu’à présent peu inspiré du pompiste de la station service quand il apprend la destination des héros : « Oh, Saint-Trop, c’est super là bas ! » [1]. C’est là que Julius veut emmener son copain Paul sortant de prison [2] et c’est l’exact contraire de Pornichet, le cliché antagoniste, comme l’explique la mère de Juliette au vendeur de Go Sport : « Ma fille part en Bretagne et nous aimerions voir des bottes et des cirés » [3]. On notera, au passage, l’approximation puisque Juliette va à Pornichet en Loire-Atlantique qui se situe en région Pays-de-la-Loire et non Bretagne.

Cliches

Chez Max Pécas, les clichés les plus éculés pullulent. Quand les sportifs boivent, c’est forcément du lait : Gérard (Luc Esnault) au corps athlétique en boit même en boîte de nuit [1] et Julius explique au barman de la plage que si Paul, devenu maître-nageur, réclame une verre de lait, c’est parce que « c’est un vrai sportif » [2]. Pendant leur service, quand un douanier est français, il joue à la pétanque et quand il est italien, il mange des spaghettis [1]. Quand les grosses achètent leur maillot de bain, elles sont forcément ridicules : « Ça y est j’ai trouvé ma taille »[3]. Quand Juliette se déguise en soubrette pour faire vendre une maison à un couple de retraités, elle montre forcément sa culotte déclenchant un « J’achète » chez le vieux monsieur à la lubricité ancillaire [3].

Les répétitions laborieuses

Comme l’explique Yves Lavandier dans son essai La Dramaturgie (éditions Le Clown et l’Enfant, 1994), toute information donnée dans le récit doit servir, tout élément doit être exploité, c’est le milking ou la traite qui se conclut, parfois, par un « topper » ou une touche finale qui couronne le tout. Chez Max Pécas, ce « milking » ne constitue jamais une escalade, mais est réduit à la répétition des mêmes gags et des mêmes répliques.

En fait, la seule scène qui pourrait être assimilée à un vrai « milking » est celle où, voulant se venger de l’athlétique Gérard en boîte de nuit, Antoine lui envoie des filles se pâmant. Gérard salive, mais bientôt Antoine passe devant lui et les filles préfèrent le suivre plantant là le bel athlète. Le « topper » arrive quand un garçon rejoint aussitôt Gérard et lui dit d’une voix efféminée : « Mais tu sais que tu me plais toi ! Je t’offre un verre ? » [1].

BarHomo

Sinon, les répétitions se succèdent sans surprise. Quand Antoine se retrouve nu sur son palier, il veut passer par le balcon et sonne chez une voisine. Elle lui ouvre, mais son mari, policier, rentre en avance et voit l’homme nu, l’épouse coupe court : « C’est comme ça, c’est la vie ». Et quand, tout de suite après, Antoine se retrouve bloqué sur son balcon et que Charlotte rentre et lui demande ce qu’il fait sur le balcon, il répond : « Mais c’est la vie, qu’est-ce que tu voulais que je te dise ? ». En effet, que pouvait-il dire d’autre si ce n’est mal répéter la déjà plate réplique de sa voisine ? [1].

Quand les faux monnayeurs arrivent dans la villa occupée par les 2 jeunes couples, ils voient les motos d’Antoine et Christian, garées. Ticky, l’un des gardes du corps (Ticky Holgado) dit : « Ça sent pas bon patron », Jerry le patron réplique : « Ça sent comme d’habitude, le pin, la lavande et le romarin ! » et Marco, l’autre garde du corps (Joël Prévost), se sent obligé d’expliquer : « Non, il veut dire que ça sent le poulet » [1].

Lors de la poursuite avec la police, Ticky énumère les parties de la voiture atteintes par les balles : « Réservoir touché. Pare-brise touché »,  Jerry le frappe sur l’épaule et s’énerve : « Tu joues à la bataille navale ? », provoquant la dernière réplique de Ticky : « Épaule touchée… Oh, pardon ! » [1].

EauLesBranches

EauDeuxEnfoires

EauOnSeCalme

Mais la répétition omniprésente est le saut contraint dans l’eau : Christian plonge dès qu’il découvre la piscine en arrivant dans la villa ; Antoine est jeté à l’eau parce qu’il a besoin d’une « compresse d’eau froide » après s’être fait assommer par le mat de la planche d’une des filles « vachement gondolées » ; en rentrant à la villa la nuit, Antoine tombe par mégarde dans la piscine ; Charlotte pousse Gérard par dessus bord quand il commence à la peloter ; à la fin, tous les jeunes se jettent à l’eau [1] ; Paul pousse Julius dans la piscine chez Évelyne pour se venger de sa nouvelle fonction de maître-nageur ; Paul fait tomber Saedi qui fait du ski nautique pour profiter de Milka [2] ; Renaud plonge dans l’eau pour échapper au mari de sa maîtresse ; Norbert manque de se noyer ; dans la scène finale, Juliette pousse Renaud dans l’eau [3].

BainDeMinuit

Enfin, l’eau sert aussi un romantisme récurrent à base de bains de minuit, autant de passages obligés pour un couple qui veut sceller son union charnelle : Christian fait l’amour sur la plage et à moitié dans l’eau, avec Karine (Nathalie Sintes) [1] ; Milka se baigne dans la mer seule et nue, Paul la rejoint (il ne sait pas nager) puis ils font l’amour [2] ; Juliette et Renaud prennent également un bain de minuit [3]… Dans une lecture psychanalytique de base, le retour récurrent à l’élément liquide marquerait un retour dans le ventre de la mère et donc un état de régression, pour les comédiens comme pour le spectateur.

En fait cet humour lamentable et ces clichés répétés révèlent la légèreté extrême des scénarios.

Marc Gauchée

À suivre

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