Billy Wilder et une certaine idée de l’épuration


UnDeuxTroisAvanti.jpg

Billy Wilder a dû quitter l’Allemagne lorsqu’en 1933 Hitler est arrivé au pouvoir. Juif autrichien, il était installé à Berlin depuis 1926. Dans deux de ses films qui se passent après la seconde guerre mondiale, il montre un ancien nazi et un ancien fasciste qui ne peuvent s’empêcher de faire les saluts nazi et fasciste.

Dans Un, deux, trois (1961), C. R. MacNamara (James Cagney), patron de Coca-Cola à Berlin-Ouest est exaspéré par les manies de son personnel : tous ses employés se lèvent quand il arrive et, surtout, son assistant Schlemmer (Hanns Lothar) claque sans arrêt des talons devant son boss. Schlemmer explique qu’il ne peut s’en empêcher, même s’il est prêt à faire un effort : « Pendant que le personnel s’entraînera à rester assis, je m’entraînerai à ne plus claquer les talons ». Mais quand Schlemmer voit un journaliste venu voir MacNamara, il reconnaît son lieutenant quand il servait dans la Schutzstaffel (SS) et ne peut réprimer un salut hitlérien !

Billy Wilder confirme ainsi combien la dénazification a été incomplète en Allemagne. En fait, la guerre froide et la volonté politique d’endiguer le communisme expliqueraient que la chasse aux nazis se soit arrêtée après la condamnation des figures les plus connues et les plus hauts placées dans le régime hitlérien.

Dans Avanti (1973), J.J.Blodgett (Edward Andrews), diplomate des Affaires étrangères américaines, se plaint du manque d’efficacité des Italiens quand le gardien de l’héliport où il vient de se poser, lui explique qu’il tombe en pleine pause déjeuner. Blodgett se fait accompagner à son hôtel en pestant : « Mais nom de Dieu, qu’est-ce qui m’a foutu un pays pareil ! Ce ne serait pas arrivé au bon vieux temps ». Le gardien comprend tellement bien l’allusion au « bon vieux temps » que lorsqu’il quitte Blodgett devant son hôtel, il fait le salut fasciste !

Là aussi, Billy Wilder confirme combien la défascisation a été incomplète en Italie. En fait, la culture italienne de l’après-guerre a présenté le fascisme comme un régime qui s’est effondré sur lui-même. « Car au lieu de réfléchir sur leurs crimes, [les Italiens] ont préféré produire un récit passif et victimaire dans lequel ils auraient souffert de la dictature fasciste et, lors de son déclin, auraient montré très vite leurs véritables sentiments antifascistes et participé à la lutte de libération nationale » (Sabina Loriga, « L’Italie aux prises avec ses vieux démons fascistes« , theconversation.com, 27 juillet 2017). La question du totalitarisme n’est donc abordée que récemment par les historiens puisque le fascisme était supposé être un régime sans fondement puis sans héritage, un régime qui s’était écroulé comme un château de cartes.

DocteurFolamour

Dans Un, deux, trois, le nazi est en Allemagne et, dans Avanti, le fasciste est en Italie. Entre ces deux films, en 1964, Stanley Kubrick met en scène le docteur Folamour (Peter Sellers) qui n’arrive pas à contrôler son bras droit. Ainsi, au fur et à mesure qu’il s’emporte dans la conversation, il ne peut réprimer un salut nazi. Ce « docteur » est un scientifique employé par le gouvernement des États-Unis… sur le sol américain. La différence entre le vieil et le nouvel Hollywood.

Marc Gauchée

Publicités
Cet article, publié dans L'Envers du décor, Politique & Société, Uncategorized, est tagué , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Billy Wilder et une certaine idée de l’épuration

  1. MAYAUD dit :

    C’est trop bien, monsieur Marc Gauchée ! Vraiment ! Et (que) vive Billy Wilder !
    Jean-Luc (de Lyon)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s