Les Triptyques de Sandrine Rondard


Comme le dit le communiqué de presse de la under construction gallery, les toiles de Sandrine Rondard racontent « une histoire dont l’issue n’est jamais dévoilée » et créent « un va-et-vient constant entre enchantement et inquiétude » à partir de « mondes sans repères ». Rien de contradictoires avec les deux triptyques présentés jusqu’au 24 septembre 2017 : Gilles en rose et Séverine ou Le Lac (2017).

GillesEnRose

En revanche, ces triptyques sont bien loin de « mondes sans repères ». Certes Gilles en rose est peut-être un homme ayant perdu ses repères puisqu’il s’habille en rose (et pas en bleu) ! Côté enchantement, ce ne pourrait être que les sympathiques facéties d’un homme déguisé en cochon. Mais, côté inquiétude, le déguisement pourrait tout autant renvoyer aux parodies animalières (par exemple avec les délires chantés des Brigandes contre les francs-maçons) ou à des usages violents (par exemple dans Orange mécanique). Le rose, si traditionnellement féminin et positif (Édith Piaf voyait bien La Vie en rose dès qu’il la prenait dans ses bras en 1945) et le masque en deviendraient alors moins drôles et innocents.

Srondard2

C’est l’une des forces des toiles de Sandrine Rondard : susciter un va-et-vient entre des imaginaires et des registres qui s’opposent. L’ironie la gagne peu à peu depuis qu’elle s’est affranchie de la « sagesse » de ses premières toiles et explore la fusion narratrice entre ses personnages et ses paysages. Dans le souci de ne pas perdre son spectateur en route, la voie prise n’est pas complètement radicale : le tableau demeure figuratif, avec des paysages, des personnages, mais l’histoire laisse passer des détails d’où pourrait sourdre la rébellion, la mélancolie voire une certaine tristesse. Et, à la différence de Thomas (David Hemmings) dans Blow Up (de Michelangelo Antonioni, 1966), ce n’est pas l’artiste, c’est le spectateur qui est invité à faire le voyage depuis la tendre figuration jusqu’aux sombres menaces qui se trouveraient derrière, à trouver le détail qui tue.

SRondard

Le triptyque Séverine ou Le Lac est dans la même veine. Le personnage s’avance en équilibre, avec précaution et prudence, comme faisant ses premiers pas sur l’eau. Mais l’élégante démarche est vaine : les oiseaux s’envolent quand même et la ligne d’horizon figure une nature en flammes orangées.

LostInTranslation

Et puis il y a cette culotte placée en plein centre, aplat bleu monochrome entre un ciel de fond bien nuageux et l’eau du lac renvoyant encore déformé ce trouble céleste. Une culotte visuellement immanquable, car surlignée par le débardeur dont la légèreté est contredite par le noir le plus sombre. Sofia Coppola, dans Lost in translation, cadrait plein écran sur la culotte rose de Charlotte (Scarlett Johansson) dès le début de son film. Bleu ou rose, les couleurs seraient-elles trompeuses ? La suite de l’histoire reste à écrire…

Marc Gauchée

Il sera possible de rencontrer l’artiste dans le cadre de la manifestation « Un dimanche à la galerie », le 24 septembre 2017 (under construction gallery, 6 passage des Gravilliers 75011 Paris).

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