Les scénarios paresseux de Max Pécas. L’exemple par la trilogie tropézienne (6/9)


Les Branchés à Saint-Tropez [1], Deux enfoirés à Saint-Tropez [2] et On se calme et on boit frais à Saint-Tropez [3] de Max Pécas pèchent d’abord par leurs scénarios avec des débuts d’histoires laissés sans suite, des dialogues inutiles et des intrigues aux solutions toujours faciles.

Une société blanche et fermée

Les solutions sont d’autant plus faciles que la société représentée dans la trilogie tropézienne est toujours la même et fortement marquée par ce que l’on appelle « l’entre-soi » : des femmes et des hommes blancs, aux physiques particulièrement bien « roulés » pour les femmes, plus banals pour les garçons. Dans cette société fermée, les jeunes gens croisent donc leurs amis d’enfance en chemin [1] ; à Saint-Tropez, ils tombent sur leurs ex [2 et 3] ou leur père avec sa maîtresse [3] et ils ont toujours quelqu’un pour leur prêter une villa [1 et 2]… La seule marque d’originalité dans ce monde est la présence d’homosexuels qui, au sein d’un monde hétéro-normé, sont forcément ridicules.

Des homosexuels forcément ridicules

« Ressort comique indispensable, le personnage de l’homosexuel attire les rires par sa seule présence. Ses mimiques exagérées et sa voix de fausset apportent immanquablement des instants de bonne humeur et de folle gaieté même, et surtout, si son personnage ne sert à rien dans l’histoire ». Là encore, nanarland.com, avec son ironie habituelle, vise juste : « L’homosexuel nanar a pour caractéristique de reprendre les tics de jeu immortalisés par Michel Serrault dans La Cage aux folles, mais en omettant la plupart du temps d’y adjoindre du talent. Il est un élément récurrent dans la comédie nanarde de tous pays et se retrouve régulièrement dans les films d’humoristes de qualité comme Philippe Clair, Max Pécas ou Nando Cicero ». Et il est vrai que dans la trilogie de Max Pécas, les homosexuels sont toujours ridicules. Ce sont des stéréotypes dessinés de façon particulièrement caricaturale.

Ils servent d’abord à disqualifier la virilité auprès du public féminin : en boîte,  Antoine envoie un homosexuel voir le musclé Gérard qui espérait draguer des filles : « Mais tu sais que tu me plais toi ! Je t’offre un verre ? » [1]. Ils sont assignés à des emplois ou des fonctions « réservées » : Julius est forcément « pédé comme un phoque » puisque, se faisant passer pour un professeur de danse, il a dansé avec Maurice Béjart. Et Paul est forcément, selon Dorothée (Carole Keeper), son « camarade » et, comme elle trouve cela « dommage », Paul lâche avec élégance : « Je sens que je vais me faire un phoque ! » [2]. Assis dans un grand fauteuil en osier comme Emmanuelle (de Just Jaeckin, 1974), Chouchou (Daniel Derval) tricote des soutiens-gorges pour toutes les filles de la plage (alors qu’elles n’abandonneront, bien sûr, jamais le monokini !). Quand un joueur de volley se pique le pied sur une aiguille, Chouchou vient la chercher, car « c’est celle que m’avait offert Boy George ». Quand Juliette veut se déguiser pour prendre des photographies et faire croire à sa mère qu’elle est en Bretagne, Chouchou est catégorique : « Mais raconte moi ça, les travestis, c’est ma spécialité » et « Si c’est un problème de chiffon, tu peux compter sur moi, je vais t’arranger ça » [3]. Et ce n’est pas l’intégration de Chouchou dans ce petit monde qui vient atténuer l’effet « hénaurmément » ridicule : au night club, le New Jimmy’s, Chouchou passe de couple en couple avec des plumeaux à paillettes pour les saluer ! Ridicule aussi la réflexion de Victor le facteur à bicyclette : « Ça alors ! Mâles ou femelles, ça commence à bien faire les machos, hein ! » parce qu’il vient de se faire mettre une main aux fesses par les garçons en voiture et les filles en vélo, le ridicule n’est pas dans ce qu’il dit, mais dans la façon dont il le dit, avec une voix hyper-efféminée [1].

Aucune « bonne blague de pédés » ne nous est épargnée : si Norbert propose un tour en pédalo, Chouchou répond aussitôt : « C’est pour moi que tu dis ça ? ». Et quand Sacha est devenu homosexuel et qu’il rejoint Chouchou sur la plage, les cheveux teints en vert et portant une djellaba mauve, Chouchou l’engueule : « C’est d’un goût ! » [3]. En effet, c’est d’un goût !

La paraphrase comme esthétique

LesBranchesASaintTropez

La paresse des scénarios reflète la paresse de l’humour fait de répétitions et d’incessantes paraphrases : on annonce ce qu’on va voir, on voit, on dit ce qu’on voit et, pour finir, on espère être drôle en commentant ce qu’on vient de voir et de dire. Une scène est caractéristique de cette esthétique de la paraphrase et de la redondance : Charlotte est en boîte avec Antoine, elle s’inquiète pour Laura qui s’est disputée avec Christian. Elle décide donc de lui téléphoner. Entre temps, Laura et Christian se sont évidemment réconciliés autour de la piscine (voir « Des solutions faciles »). Laura explique à son amie au téléphone : « J’ai suivi tes conseils à la lettre, ça a marché au poil, non, non crois-moi, il est à mes genoux… Ah ! Enfin, pas tout à fait… Oh, Charlotte, t’as déjà fait l’amour au téléphone ? ». Pendant l’appel, Christian est en effet venu pénétrer Laura en levrette. Après avoir raccroché, Charlotte demande à Antoine : « Fais moi penser ce soir à la maison, j’ai un coup de fil à donner » [1]. Ce n’est plus du milking, c’est du « éléphanting » !

Marc Gauchée

À suivre

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