[Sur les traces] Les Ray-Ban fumées de Brigitte Lahaie dans « Les petites écolières »


Les petites écolières (de Claude Mulot alias Frédéric Lansac, 1980) est le dernier film pornographique dans lequel Brigitte Lahaie a tourné. Et pour ces adieux aux « films érotiques » comme elle les appelle, elle ne tient plus le rôle de l’ingénue ou de la femme mariée, invariable novice et qui découvre les joies du sexe grâce à la prévenance d’hommes toujours prêts à rendre service. Dans Les Petites écolières, elle est « Madame », la patronne d’un bordel qui doit faire preuve d’imagination pour contrer les tracasseries administratives.

En effet, le commissaire Lambris (Hubert Géral) fait fermer son bordel et lui suggère : « Paraît qu’il y a un malaise dans l’Éducation nationale. Vous n’avez qu’à ouvrir un établissement scolaire ! » Madame suit ce bon conseil et ouvre donc le « Cours privé Les Mimosas » qui accueille les jeunes filles placées là par leur compagnon ou par leur mari qui veulent qu’elles apprennent à mieux (leur) faire l’amour. Comme le dit Madame : « Vos fiancés et amis vous ont confié à nous afin que nous vous fassions profiter au maximum de notre expérience ». Les filles apprennent donc la masturbation, la fellation et la pénétration.

Enfin arrive la fête de fin d’année « scolaire », mais le commissaire revient suite à des rumeurs qui sont vite confirmées quand il constate que les spectateurs de ladite fête bandent. Il fait donc fermer le cours. Et, brave homme, il suggère à Madame : « Paraît qu’il y a un malaise dans l’industrie du cinéma vous n’avez qu’à ouvrir une maison de production ».

Mais l’originalité de la prestation de Brigitte Lahaie est moins dans ses scènes de sexe que dans son jeu de lunettes. En effet, tout au long du film, elle arbore une paire de lunettes de forme Ray Ban, légèrement fumées qu’elle porte, enlève, manipule au gré des scènes.

La première explication qui vient immédiatement à l’esprit est que ces lunettes constituent l’accessoire pour installer le personnage de la directrice. Ça fait sérieux ! La preuve, les hommes, eux aussi, ont déjà utilisé le coup des Ray Ban fumées pour faire sérieux. Danny Wilde (Tony Curtis), dragueur et aventurier américain dans la série Amicalement vôtre (The Persuaders de Robert S. Baker, 1971-1972) ne met de telles lunettes que quand il examine un dossier ou des documents comptables. Et Oscar Goldman (Richard Anderson) ne les quitte quasiment jamais dans les séries L’Homme qui valait trois milliards (The Six Million Dollar Man de Kenneth Johnson, 1974-1978) et Super Jaimie (The Bionic Woman de Kenneth Johnson, 1976-1978) puisqu’il incarne le patron du couple bionique !

LunettesFumeesHommes

Brigitte Lahaie les porte donc le jour de la rentrée quand elle lit les fiches de chacune de ses élèves ou quand elle trône à son bureau (de directrice) :

RayBanBLahaie1

Le jeu avec les lunettes sert aussi à marquer la conscience professionnelle de Madame quand elle passe entre les élèves pour noter la façon dont elles se masturbent, pratiquent la fellation ou se font entreprendre. Parfois elle les enlève, parfois elle les chausse comme pour vérifier la justesse des gestes :

RayBanBLahaie2

Et lorsqu’il s’agit d’annoncer aux élèves les résultats de leurs « examens », Madame sort dans la cour avec ses lunettes sur le nez, elle prend le temps de les enlever avant de donner le verdict du jury. Le moment est grave et les lunettes participent à cette gravité.

LesPetitesEcolieres13

La question qui demeure à éclaircir dans cette histoire de lunettes est : pourquoi Brigitte Lahaie les garde-t-elle sur le nez quand, lors de la première leçon à ses jeunes pensionnaires, elle exécute une fellation au professeur Lambert (Alban Ceray) avant qu’il ne la prenne en levrette ?

RayBanBLahaie3

En fait, dans son livre de souvenirs, Moi, la scandaleuse (éditions Filipacchi, 1987), Brigitte Lahaie explique elle-même cette incongruité. Le réalisateur avait obtenu son accord pour tourner dans ce dernier film hard en lui promettant qu’elle serait retenue pour la distribution de son film soft en préparation, L’Immorale. Brigitte Lahaie avait déjà pris la décision d’arrêter le porno (elle a tourné dans 47 films), mais accepte donc un dernier tournage. Bien qu’elle se retrouve avec ses partenaires habituels, Dominique Aveline et Alban Ceray, elle reconnaît : « Je n’étais plus moi-même, j’avais l’impression que je n’avais jamais tourné ce genre de chose, j’étais si mal à l’aise que j’ai joué la scène avec une paire de Ray-Ban, comme pour cacher mon visage ». Lunettes ou pas, elle n’obtiendra pas le rôle promis en échange. Ce n’est pas elle L’Immorale de cette histoire.

Joe Gillis

 

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