« La Robe de Marilyn », l’enquête continue (7)


Depuis la parution de mon essai, La Robe de Marilyn, enquête sur une envolée mythique (François Bourin, 2014), le mythe de la robe soulevée par le vent, inspirée de la célèbre scène de Sept ans de réflexion (de Billy Wilder, 1955), poursuit sa vie…

Ces Grosses femmes sexy ou ridicules

Dans les années 1980, Yvon Kergal, « Artiste peintre et illustrateur depuis 40 ans » résidant dans le Var, réalisa une « Marilyn en liberté », robe rouge, posant comme la statue de la Liberté de New York. J’avais acquis cette carte postale, à Paris et, suite à un contact avec lui lors de l’écriture de mon livre, il m’envoya d’autres dessins de Marilyn au physique tout aussi généreux.

YKergal

En fait, Yvon Kergal ne faisait qu’exaspérer la tendance que Norman Mailer avait décrite sans complaisance à propos du physique de Monroe dans le film de Billy Wilder : « Elle est dodue, presque grasse, sa chair déborde de toutes les épaulettes, ses cuisses sont épaisses, le haut de ses bras empâté (signe que, avec l’âge, elle grossira), elle a du ventre comme aucune autre grande vedette de cinéma n’osera jamais en exhiber et pourtant elle est l’incarnation vivante, bondissante de la beauté. C’est son chant du cygne en tant qu’objet sexuel -le dernier film baisant qu’elle fera- et elle le fait superbement » (Marilyn, Stock, 1974). Les tableaux d’Yvon Kergal sont dans le même esprit que les écrits de Mailer, son hommage associe la sensualité à la rondeur des formes, sans ridicule, ni moquerie.

DimTheHole

Dans les années 1980, la marque de collants Dim osait choisir une mannequin « ronde », poursuivant ainsi la veine sexy et enveloppée. Puis la même veine se retrouve dans les années 1990 et 2000 avec l’éclosion des spectacles de néo-burlesque. « The Hole », présenté depuis 2016 à Paris, se définit comme « un cabaret baroque’n’roll sans précédent ! », « un spectacle subversif, surréaliste, inventif, jouissif ». Il n’est pas étonnant que la scène de Marilyn Monroe robe au vent serve encore de référence, car ce néo-burlesque, quand il s’associe au strip-tease, est l’art de l’effeuillage rétro, décalé et féministe, venu des États-Unis. Il introduit une dose de second degré qui passe par des comédiennes aux physiques non formatés.

Dans les cartes dessinées de bords de mer, il n’est, en revanche, pas question de second degré. Les grosses femmes font les frais de moqueries au premier degré. Lorsque la robe d’une grosse femme s’envole, les passants rigolent ! De plus, pour bien marquer l’impossibilité de combiner sex-appeal et poids, une autre femme plus maigre figure sur ces cartes pour accentuer la comparaison et prouver que c’est la grosse qui ne fait pas le poids :

GrossesMaigres

Il existe certes des cartes françaises où la grosse femme est représentée seule, sans femme plus maigre à côté, mais elles sont rares. C’est plutôt en Angleterre que les cartes de grosses femmes jupes, robes et jupons soulevés sont nombreuses.

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GrossesGBXIXe

Il faut lire John Grand-Carteret qui, dans son ouvrage Le Décolleté et le Retroussé, quatre siècles de gauloiserie. 1500-1870 (E. Bernard et Cie imprimeurs et éditeurs, 1902), fait quelques incursions Outre-Manche pour confirmer que la tradition de moquerie des grosses femmes remonte au XIXe siècle et est, en partie, le résultat de l’influence anglaise : « La caractéristique de plus en plus dominante de l’époque sera, du reste, l’abandon de l’imagerie amoureuse et passionnée, comme l’avait si bien compris le dix-huitième siècle, et la recherche du comique, du grotesque, pour faire avaler la sauce. Cela tient à ces multiples raisons : l’influence de l’Angleterre, l’esprit particulièrement gras de l’époque, heureuse de jouir des bienfaits de la vie après les années troublées du premier Empire et les sévérités de la Censure dans un certain domaine ». L’illustration intitulée « La Canicule » datant du début du XIXe siècle, n’ose pas encore relever la robe trop haut, mais elle constitue bien la source de ces grosses femmes victimes du vent et sujets de moqueries sur les cartes anglaises jusqu’au XXe siècle.

Marc Gauchée

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