Des films de genres. L’exemple de la trilogie tropézienne de Max Pécas (7/9)


La trilogie tropézienne de Max PécasLes Branchés à Saint-Tropez [1], Deux enfoirés à Saint-Tropez [2] et On se calme et on boit frais à Saint-Tropez [3]- fait partie des films de genre et de genres. Au singulier, parce qu’elle appartient sans aucun doute au nudie qui, selon nanarland.com, est le «  type de film d’exploitation avec des filles se déshabillant à la moindre occasion, tous les prétextes étant bons » . Mais il s’agit aussi de films de genres au pluriel parce que les femmes et les hommes ne sont pas traités également, leurs dialogues, leurs actions comme leurs réactions sont très « genrés ».

Voyeurisme à tous les étages

La première caractéristique du nudie est la place privilégiée laissée aux scènes de voyeurisme. Et, dans l’immense majorité des cas, il faut entendre par voyeurisme des garçons qui regardent des filles. Là encore, la tradition vient de loin, en fait, elle remonte, selon John Grand-Carteret (Le Décolleté et le Retroussé, quatre siècles de gauloiserie, 1500-1870, 1910), au XVIe siècle : un homme regarde par la fenêtre des Femmes au bain dans une gravure de Hans-Sebald Beham. C’est à cette époque qu’apparaît le personnage toujours masculin du « curieux » ou de l’« indiscret » lorsque ces messieurs se sont faits voyeurs pour découvrir l’anatomie féminine.

LesCurieux

Max Pécas s’inscrit complètement dans ces gauloiseries. Son fils, Michel, reconnaît que ses films se vendaient sur la promesse jamais trahie «  de voir des filles à poil  » (Max Pécas, le roi du navet, documentaire de Michel Guillerm, L’Harmattan, 2013). Il faut bien sûr reconnaître que Saint-Tropez, depuis qu’un célèbre gendarme y a fait la chasse aux nudistes (Le Gendarme de Saint-Tropez de Jean Girault, 1964), est aussi le lieu des exhibitions multiples. Là encore, les cartes postales ne viennent pas démentir cette réputation qui ne pouvait que plaire à Max Pécas.

SaintTropez

C’est ainsi que, dans la trilogie tropézienne, devant une fille en robe courte qui laisse voir sa culotte, le pompiste a les yeux fixés sur elle et laisse déborder le plein. Les scènes des deux filles aux seins nus qui rentrent leur planche et de la vendeuse dans la boutique que les garçons font se pencher pour mater ses fesses ont déjà été évoquées  [1]. En regardant les rondeurs fessières d’une skieuse s’éloigner, Paul, distrait, manque de noyer une jeune élève [2]. Le vendeur de Go Sport mate les seins de Juliette quand elle se change dans la cabine d’essayage et un motard profite aussi du spectacle quand Juliette se change dans le taxi pour adapter sa tenue bretonne à Saint-Tropez, sa nouvelle destination [3].

MachinesAMater

Le plaisir est dans le spectacle des corps dévoilés et c’est un plaisir sans retenue puisque le spectateur est invité à en profiter comme tous les hommes sur l’écran ! Les personnages masculins, mateurs patentés, indiquent ainsi au spectateur où il faut regarder et ce qu’il faut regarder. Parfois même, fidèle à son esthétique de la paraphrase, Max Pécas met dans la bouche de ses personnages un commentaire redondant avec ce qui est vu. C’est ainsi que quand, avant de partir à Saint-Tropez, Laura et Christian se disputent devant Antoine, Laura est simplement vêtue d’une serviette qu’elle tient contre sa poitrine si bien que, quand elle part, elle dévoile ses fesses. Antoine en conclut « Elle est peut-être nerveuse, mais elle a un beau cul » [1]. Quand, à la station service, l’auto-stoppeuse Évelyne suit Julius parce que le type avec qui elle était lui avait mis une main aux fesses, Julius lui dit : « Remarquez je le comprends, hein, vous avez un beau cul » [2].

BeauCul

Comme dans tout nudie, toutes les occasions sont bonnes pour déshabiller les actrices et quelquefois les acteurs. Lors de la « folle » course poursuite, les faux-monnayeurs emmenés par Jerry changent de voiture, ils s’emparent évidemment du véhicule d’un couple qui était en train de se tripoter à moitié nu, ce qui permet un coup d’œil sur les seins de la femme puis sur les fesses des deux, plus tard, quand la police les dépasse à son tour [1].

HasardRencontre

Si une fille réclame à Patrice, animateur-radio, un autographe et qu’elle n’a pas de papier, elle soulève son t-shirt, dévoile ses seins, et il lui écrit sur le ventre. Normal. Au night club, le New Jimmy’s où officie en DJ Patrice, une danseuse laisse voir ses seins en dansant. Encore normal. Quand Sandrine sort de sa douche enveloppée dans une serviette, Juliette, fâchée contre Renaud, s’en prend à elle de façon inexplicable (Sandrine est l’amie de Patrice, pas de Renaud), mais ça permet de lui arracher sa serviette : « Je suis prêteuse, mais pas pour les affaires personnelles ! ». Toujours normal au pays du nudie [3].

Occasions

Et quand ça ne suffit pas, les personnages prennent eux-mêmes l’initiative. Par maladresse, lorsqu’Antoine veut rattraper Charlotte sur la plage, il court derrière elle et l’attrape par le maillot [1]. Cette maladresse est tellement « spontanée » qu’elle est représentée sur l’affiche du film ! Par jeu stupide et violence machiste quand, au bar de la plage, Norbert baisse le maillot d’une belle fille qui passe pour « rigoler » ! [3].

MaladresseMachisme

Tous les personnages assument leur voyeurisme avec une absence complète de complexes. À tel point d’ailleurs que Patrice, l’animateur-radio, scrute la ville chaque matin à la jumelle et envoie des messages sur les ondes pour, par exemple, prévenir Renaud que le mari de la femme avec qui il vient de coucher est en train de rentrer chez lui [3].

Voyeur

Il est en revanche une limite au voyeurisme, c’est la visibilité du sexe masculin : nus, les hommes dissimulent immanquablement leur sexe. Les mains viennent toujours le cacher quelle que soit la situation : lorsqu’Antoine se retrouve enfermé dehors ; lorsqu’Antoine et Christian victimes d’une blague croient aller à une soirée naturiste [1]. C’est peut-être par complexe quant à la taille, comme le révèle Sacha roulant un magazine pour se doter d’un impressionnant gourdin qui, malheureusement, dépasse de son maillot léopard et révèle la supercherie [3].

ZizisCaches

Il est évident qu’il est difficile de montrer un sexe masculin dans un film grand public. Max Pécas reste donc dans le monde de l’érotisme soft, mais la disproportion entre ce qui est toujours montré -et maté- du corps des femmes et ce qui est plus rarement montré du corps des hommes prouve à quel point la trilogie tropézienne est genrée et assigne femmes et hommes à des rôles bien définis.

Marc Gauchée

À suivre

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