[Pré-générique] La Fessée qu’on ne demande qu’à voir


Le pré-générique de La Fessée ou les mémoires de Monsieur Léon, maître-fesseur de Claude Bernard-Aubert (alias Burd Trabaree, 1976) est construit comme un mystère, mais en deux temps.

Le premier temps concerne Monsieur Léon (Antoine Fontaine) et sa mystérieuse double personnalité. Il est d’abord présenté comme un employé de banque, à l’aspect banal, voire sévère, en costume cravate. Une sonnerie retentit, c’est la fin de la journée, il salue son patron et sa collègue depuis le guichet derrière sa vitre. Puis il descend d’un bus un journal à la main. Il jette bien sagement son journal dans une poubelle de rue, achète son pain dans une boulangerie. Ensuite il achète un litre de lait, aimable et souriant avec la crémière.

Mais rentré chez lui, il pousse un soupir de soulagement, disparaît derrière une porte pour réapparaître aussitôt vêtu d’un seul slip orange (du meilleur effet) et s’affale sur son canapé, rompant avec l’image de rigueur à laquelle le spectateur allait s’habituer. Ne serait-il donc pas aussi coincé qu’il en avait l’air à la banque, dans la rue et chez les commerçants ? Enfin, le téléphone sonne, il note un rendez-vous, ouvre un placard et prend un casque et une combinaison de motard… en complète opposition avec le costume strict de banquier vu précédemment. Donc il aurait une double vie ?

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Le second temps du mystère est traité de façon tout aussi elliptique. La moto de Monsieur Léon est garée devant un immeuble dont une seule fenêtre est éclairée. Des cris de femme retentissent qui ressemblent plus à des cris de jouissance qu’à des cris de souffrance. Bientôt, Monsieur Léon ressort alors que la lumière de la fenêtre s’est éteinte et que les cris se sont tus. Il enfourche sa moto et démarre.

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Bien sûr, le spectateur sait qu’il est venu voir un film intitulé La Fessée, donc ce mystère en deux temps n’est qu’un faux mystère. D’ailleurs, la caméra, dans un travelling arrière, précède Monsieur Léon, ex-banquier diurne devenu motard nocturne, et le titre du film apparaît confirmant même que Monsieur Léon est « maître-fesseur ». Mais l’important est de créer l’attente du spectacle de la fessée ainsi promise, de remplir ces ellipses pour enfin voir en action « les vertus surprenantes de la fessée » comme le dit Monsieur Léon.

Le spectateur doit donc passer par ces 4 minutes et 13 secondes de pré-générique avant d’accéder aux spectacles callipyges et classés X, (librement) inspirés de l’Éloge de la fessée de Jacques Serguine (Gallimard, 1973)… dont la citation en exergue était extraite de l’évangile selon Matthieu (VII, 7) : « Frappez, et on vous ouvrira ».

Joe Gillis

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