[Sur les traces] La voix de Jean-Louis Trintignant


LeGrandSilence

Dans le Dictionnaire des idées reçues sur le cinéma, il faudrait ajouter au moins cette entrée : « JEAN-LOUIS TRINTIGNANT. Quelle voix ! ». Car aucun article évoquant sa carrière ne passe à côté de son organe. En 2013, Culturebox reconnaît un « acteur perfectionniste à la voix monocorde si particulière » (« Portrait de Jean-Louis Trintignant : la mélancolie et la légèreté »  francetvinfo.fr, 10 octobre). En 2016, le texte précédant un entretien commence par « La voix douce et profonde, le ton bienveillant, Jean-Louis Trintignant évoque sa carrière de comédien avec beaucoup d’humilité » (Sophie Vigroux, La Dépêche, 13 novembre). La même année, Les Inrocks célèbrent « Une voie qui a fait briller les plus grands chefs-d’œuvre, et une voix singulière, faite d’intelligente prudence et de timidité poétique » (Alexandre Buyukodabas, « Pourquoi Jean-Louis Trintignant est un des plus grands acteurs français », lesinrocks.com, 23 novembre).

Il est vrai que la voix de Jean-Louis Trintignant est particulière. Denis Podalydès la décrit ainsi : « Avance à plat jusqu’à la finale, d’un mouvement décisif, régulier, faisant converger la phrase et la mélodie vers le même nœud de sens, qui lui donne sa charge et sa sensualité, le petit repli délicat, au bout de la dernière syllabe, dit la pointe d’accent du Midi, et délivre en même temps la nuance ironique, amusée, tendre, qui gît dans la voix de Jean-Louis Trintignant » (Voix off, Mercure de France, 2008). Son biographe, Vincent Quivy, a bien noté le parcours du comédien jusqu’à cette maturité vocale : « Sa voix (…) a pris cette amplitude inégalable, riche d’un phrasé reconnaissable entre tous, charriant avec calme et assurance des nuances profondes et graves, mêlées d’intonations espiègles et de blessures légères. Elle constitue, plus que jamais, l’identité de l’acteur, révélant ses failles et ses doutes, son histoire » (Jean-Louis Trintignant. L’inconformiste, Seuil, 2015).

Quelle histoire en effet ! Que de chemin parcouru ! Car en 1968, un réalisateur de western spaghetti a eu l’idée de faire jouer à Jean-Louis Trintignant un rôle complètement muet. Sergio Corbucci vient de connaître le succès avec Django, un western très violent (1966) dont Quentin Tarentino s’est fait l’écho dans Django Unchained (2012). Quant à Jean-Louis Trintignant, sa prestation de western se situe quasiment entre Un homme et une femme (de Claude Lelouch, 1966) et Z (de Costa-Gavras, 1969).

Dans Le grand silence, le personnage de Silence -interprété donc par Jean-Louis Trintignant- est un as du pistolet. Témoin, quand il était enfant, du double meurtre de son père et de sa mère par des chasseurs de primes se faisant passer pour des sheriffs, il a eu les cordes vocales tranchées pour qu’il ne puisse plus jamais parler. D’ailleurs, quand le shérif Burnett (Frank Wolff) s’adresse à lui après avoir fait un voyage en diligence à ses côtés, il regrette : « J’espère que la prochaine fois, vous serez plus loquace ». Jean-Louis Trintignant l’est depuis, pour notre plus grand plaisir. Quant à Sergio Corbucci, il donne là une belle définition du cinéma bis: c’est un cinéma qui n’a pas les moyens et, quand il les a, il s’en prive.

Marc Gauchée

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